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Olivier Labussiere : Université Grenoble Alpes
La transition énergétique contemporaine est sous-tendue par une pluralité de scénarios (EREC-Greenpeace, AIE,...) qui proposent des visions du futur et des choix technologiques associés (éolien, solaire, CCS,…). Largement technocentrés, ces scénarios peinent à appréhender l'ampleur des mutations sociales et spatiales que suscite leur mise en œuvre. Une réflexion sur énergie et territoire reste donc à conduire, à commencer par un retour critique sur quelques unes des apories qui la sous-tendent : l'espace du gisement, l'échelle locale, la gouvernance courante. Pour dépasser ces formes pré-constituées et simples, la réflexion élaborée en géographie par Jean Gottmann (1952) autour de la « faculté d'accès » des sociétés retient notre attention. En définissant l'espace géographique comme ‘l'espace accessible aux hommes', cet auteur lui confère des dimensions relationnelle et dynamique. Ceci peut constituer un atout pour suivre les recompositions suscitées par la transition énergétique contemporaine. La question de l'accès ne se réduit pas au processus d'exploitation de ressources par la mobilisation de moyens techniques. Elle ouvre une problématique globale et systémique de renouvellement de nos rapports à l'espace géographique. Ceci invite à étudier des processus fragiles d'émergence de collectifs sociotechniques dont les formes d'organisation configurent l'accès à de nouvelles énergies autant qu'ils participent à en construire et à en dimensionner le potentiel.
La notion de transition énergétique occupe une place grandissante dans les discours et les politiques publiques. Davantage présente en Europe, où plusieurs collectivités locales et gouvernements s’y sont déjà engagés, son appropriation émerge progressivement au Québec sous l’impulsion de divers acteurs sociaux. En témoignent les débats tenus lors de la Commission sur les enjeux énergétiques.
Cette notion a été présentée comme un vaste projet politique visant à répondre aux grands enjeux écologiques du 21e siècle. Dans ses versions les plus courantes, la transition énergétique a été pensée comme une refonte de notre modèle de développement énergétique, traduite par des stratégies d’abandon des énergies fossiles, de recentrage sur des énergies renouvelables, ainsi que par des projets de reconversion des structures de production, de transport et d’habitation selon des critères d’efficacité énergétique.
La similitude des stratégies privilégiées ici comme ailleurs peut sembler étonnante eu égard à la diversité des contextes et des défis que doivent relever les pays concernés. Au-delà d’un standard global, son inscription dans chaque société ne devrait-elle pas être prise en compte? Pour que des transformations de longue portée puissent advenir, ce projet peut-il tabler sur une pluralité de modèles, ancrés dans les spécificités des modèles énergétiques nationaux, ainsi que dans des projets territorialisés de reconversion? De quelles manières les choix collectifs peuvent-ils être pesés et débattus pour déterminer des stratégies répondant aux défis propres aux régions, en fonction de leurs trajectoires spécifiques? Dans cet esprit, ce projet de transition soulève des questions importantes, qui concernent notamment le rôle de la globalisation en matière d’énergie, le poids des arrangements institutionnels préexistants ainsi que le potentiel d’innovation des sociétés dans la définition des initiatives de transition.
Le colloque vise donc, d’une part, à mieux comprendre ce que recouvrent la notion de transition énergétique et ses diverses interprétations et, d’autre part, à mettre en débat cette hypothèse de la nécessaire contextualisation de la transition énergétique et de la territorialisation des politiques publiques censées la concrétiser.
Des chercheurs québécois et européens, provenant de plusieurs horizons disciplinaires et sociaux, seront invités à discuter autour de trois axes :
1) Que recouvre la notion de transition énergétique dans une perspective théorique et paradigmatique?
2) Quels institutions, instruments et pratiques apparaissent pertinents pour comprendre les paramètres essentiels d’affirmation ou de transformation potentielle du modèle québécois en matière énergétique?
3) Quels sont les rôles joués par les territoires dans la conception des politiques et des projets énergétiques et dans leur mise en œuvre? La transition énergétique peut-elle contribuer à la territorialisation des économies et des politiques économiques?