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Ressourcement herméneutique : Charles Taylor et l'ordre moral, entre intuition, expression et interprétation

GS

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Guillaume St-Laurent : Université de Montréal

Résumé de la communication

L'objectif de cette présentation est d'examiner quelle place réserve à la contemplation la théorie herméneutique de la rationalité défendue par Charles Taylor. Nous aborderons en ce sens deux enjeux déterminants. Le premier concerne sa critique du paradigme participatif et contemplatif qui prévalait dans les traditions métaphysiques antiques et médiévales. Pourquoi ce paradigme appartiendrait-il irrévocablement au passé? Qu'en est-il de ce grand récit selon lequel un « ordre cosmique signifiant et publiquement établi » se serait définitivement effondré avec la problématisation et la fragmentation des horizons de sens traditionnels au cours de la modernité? Le second enjeu concerne la notion d'une « exploration par résonnance personnelle de l'ordre moral », qui implique que les significations éthiques s'avèrent inséparables à la fois de sensibilités individuelles et des médiums expressifs créés pour les révéler, tout en demeurant indépendantes de notre volonté et de nos choix. Nous insisterons alors sur le concept d'« ordre moral » et montrerons comment l'idéal contemplatif des Anciens se trouve infléchi et redéfini chez notre auteur en termes d'« individuation expressive » et de « ressourcement » moral ou spirituel. Nos remarques conclusives porteront sur l'indétermination ontologique et ontique des sources morales (ou des biens constitutifs) dans le contexte d'un tel expressivisme herméneutique.

Résumé du colloque

L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.

Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 15 mai 2014

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