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Manon Doucet
Guider les élèves dans le monde des émotions pour mieux les identifier, les nommer, les comprendre et en assurer la régulation demande d'abord aux enseignants de décoder leurs propres émotions et donc de passer par soi pour être capable d'interagir. Accompagner des enseignants dans la lecture des émotions implique le même processus pour l'accompagnateur. C'est dans cette croisée des chemins du monde des émotions que se constitue un langage émotionnel que chacun doit décrypter pour s'engager dans des interactions fructueuses. La littératie émotionnelle est un concept novateur permettant de prendre en compte les compétences émotionnelles dans la complexité des situations d'enseignement et d'apprentissage pour mieux les comprendre et leur donner un sens. L'enseignement des habiletés sociales était au cœur d'une recherche menée dans une école primaire regroupant une quinzaine d'enseignants préoccupés par de nombreux comportements de violence dans l'école. Dans ce contexte d'enseignement, les enseignants ont pris conscience de l'importance du partage entre collègues pour réfléchir et se positionner afin d'être soi même compétent sur les plans émotionnel et social comme adulte pour accompagner les élèves (Doucet & Gauthier, 2013). Au fil des séances de travail, la chercheure (accompagnateur) et les enseignants (accompagnés) ont appris à lire leur langage émotionnel (Pharand et Clément, 2010) et celui des autres pour le réinvestir dans leur enseignement et les apprentissages des élèves.
La littératie est la capacité d’une personne à comprendre et à utiliser le langage, les nombres, les images et les TIC pour échanger, interagir avec les autres, saisir son environnement, acquérir de nouvelles connaissances, développer son plein potentiel et être un citoyen à part entière. Dans une perspective inclusive, cette définition intègre aussi la capacité des milieux et des services à favoriser l’accessibilité aux usages sociaux du langage, des chiffres, des images et des TIC dans leurs contextes respectifs afin d’appuyer le développement du plein potentiel de leur population et l’exercice de leur citoyenneté (Ruel et Moreau, 2013). Plus de la moitié de la population québécoise de 16 à 65 ans possède des compétences insuffisantes en littératie pour participer activement au monde actuel (PEICA, 2012; Statistique Canada, 2013). Également, sur un plan scientifique, des études indiquent que des difficultés en lecture dès l’âge de 7 ans sont un indicateur important de décrochage scolaire (Janosz, 2013). Selon McCraken et Murray (2009), entre 20 et 40 % des élèves canadiens n’auraient pas les compétences suffisantes en littératie pour être concurrentiels dans notre monde compétitif. Le récent avis du Conseil supérieur de l’éducation (2013) portant sur la littératie des adultes reconnaît les enjeux liés à leur faible taux. En somme, une mobilisation de tous les acteurs est souhaitée afin d’assurer la mise en place de pratiques éducatives efficientes pour tous les apprenants et d’assurer le développement de milieux inclusifs qui prennent en compte les niveaux de littératie des personnes desservies. Le colloque propose de rassembler équipes et chaires de recherche, groupes d’intérêt, chercheurs et étudiants de cycles supérieurs œuvrant en littératie au Québec afin de faire un état des lieux, tant sur le plan des actions communautaires et scolaires que sur celui des recherches de terrain qui se déroulent dans des contextes variés et portent sur diverses formes de littératie?.
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