Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Nathalie Ricard
Alors que le travail d'accueil des Canadiens et Canadiennes avait été honoré par la médaille Nansen du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en 1986, l'organisme critique aujourd'hui les politiques du Canada envers les réfugiés. La réforme de l'octroi d'asile, les changements à la couverture médicale et ceux à l'attribution de la citoyenneté illustrent avec acuité la nouvelle gestion du gouvernement en matière d'immigration qui compromet la notion d'égalité en se fondant sur l'origine nationale des individus. Ces mesures ont des conséquences significatives pour les minorités sexuelles qui cherchent à se réfugier au Canada. Si l'expérience de l'injustice conduit à des revendications de reconnaissance que ce soit sur les plans personnels et de la mobilisation collective, l'obtention d'une telle reconnaissance ne se réduit pas, toutefois, aux termes de la justice balisés par le droit. Des exilés aspirent ainsi à une justice de guérison personnelle et de réconciliation avec leur pays, tandis que des activistes d'ici visent l'intégration de leurs histoires marquées par le racisme, la pauvreté et la marginalisation sexuelle à la mémoire collective. Notre analyse s'appuie sur une cinquantaine d'entrevues réalisées avec des réfugiés et des activistes, et sur notre participation observante dans des organisations associatives pour les minorités sexuelles réfugiées à Toronto, Vancouver et Montréal.
Ce colloque vise à ouvrir un espace de dialogue interdisciplinaire autour des enjeux contemporains sur les politiques publiques et les minorités sexuelles dans l’espace francophone. Si la question de la politique de la sexualité n’est pas nouvelle, elle suscite de nouvelles mobilisations sociales et politiques autour des droits des minorités sexuelles (gais, lesbiennes, transsexuels, transgenres, « queers », etc.), parmi lesquelles les dispositifs étatiques font l’objet de recherches (droit au mariage, prévention du harcèlement et des violences sexuelles, lutte contre l’homophobie, politiques de santé publique spécifiques, lutte contre les discriminations). La normalisation des identités sexuelles que visent les politiques publiques ne fait pas l’objet de consensus. Au contraire, elles continuent de susciter médiatisation et nouvelles mobilisations aussi bien des minorités sexuelles que de nouveaux acteurs politiques. De plus, les nouvelles technologies de communication contribuent à mondialiser le transfert des enjeux d’un pays à l’autre, à encourager la naissance de nouveaux mouvements inspirés par les politiques publiques et les organisations du Nord. Dans les pays du Sud, ces minorités réclament à leur tour des politiques spécifiques pour atteindre l’égalité des droits et leur reconnaissance comme catégories de citoyens. Ces luttes se jouent aussi dans l’arène internationale comme à l’ONU, non sans résistance des États opposés à l’égalité juridique. Les contextes politiques spécifiques de ces régions et l’ingérence des acteurs du Nord entraînent des réactions politiques et sociales qui obligent des membres de ces minorités sexuelles à l’exil vers des espaces où leurs droits seraient davantage reconnus. Ces réfugiés se heurtent cependant à des obstacles dans les pays d’accueil, qui s’inscrivent dans des dispositifs complexes touchant leur accueil. Cette intrication des problématiques locales et internationales demande à être mieux théorisée et empiriquement démontrée.