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Etienne Deshoulières : SOS homophobie
L'étude casuistique des propos homophobes révèle que ces termes tirent leur force injurieuse de l'ordre patriarcal. Les femmes comme les hommes dont la sexualité ou l'expression du genre ne se conforment pas au modèle hétéronormatif sont rappelés à l'ordre. Les femmes sont insultées parce qu'elles ne se cantonnent pas à leur rôle de femme. Les hommes sont insultés parce qu'ils ne renvoient pas l'image de la virilité. La simple interpellation d'un homme par une expression le comparant à une femme est censée l'injurier. C'est dire si l'étude des injures homophobes est inextricablement liée aux enjeux du féminisme.
La théorie des actes de langage, telle qu'empruntée par Butler à Austin, permet de mieux appréhender la nature des injures homophobes. En prononçant les mots « sale pédé » ou « sale gouine », le locuteur ne fait pas qu'insulter le destinataire du message. Il invoque la communauté et l'histoire de ces mots injurieux pour blesser le destinataire et contribue, ce faisant, à reproduire l'ordre hétéronormatif. Le droit doit tirer toutes les conséquences de cette violence erga omnes de l'injure homophobe.
En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on identifier entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions? On pense entre autres au concept central de genre, défini tantôt comme système de domination des hommes sur les femmes, tantôt comme identité ou expression de soi. Par ailleurs, alors que certaines études empiriques montrent l’imbrication des processus de (re)production des normes de genre et de celles établissant la supériorité de l’hétérosexualité, comment les luttes féministes pour déconstruire les stéréotypes de genre et les interventions contre l’homophobie s’arriment-elles, ou non, sur le terrain? Assiste-t-on à une vague féministe qui intègre la diversité sexuelle? La réciproque existe-t-elle du côté de la militance anti-homophobie (ou anti-LGBT-phobies)? Sur le plan historique et sur celui des luttes, la lesbophobie présente dans la société et dans les groupes de femmes constitue-t-elle une donnée incontournable ou un ressort important de réflexion? On n’a qu’à penser à l’imaginaire lesbophobe nourrissant les idées reçues sur les féministes comme leur décalage d’avec les normes esthétiques dominantes, leur comportement masculin ou la violence « virile » de leurs protestations. Le colloque veut stimuler les échanges autour de ces questions.
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