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Gabriel Girard : Université de Montréal
Depuis le début des années 2000, la prévention du VIH/sida parmi les gais a connu de profondes inflexions. La promotion du préservatif, pierre angulaire de la prévention depuis les années 1980, est en effet remise en question. D'une part, son usage régulier s'avère problématique pour un nombre non négligeable d'hommes gais. D'autre part, de nouvelles approches, alternatives au préservatif, émergent, sous le vocable de la « réduction des risques sexuels », puis de la médicalisation des réponses préventives.
Cette contribution vise à éclairer sous un nouveau jour les transformations récentes du paysage de la prévention gaie en France. Les controverses associatives qui entourent les messages de réduction des risques laissent en effet la place, à la fin de la décennie 2000, à une accréditation de cette approche dans les politiques publiques. Comment comprendre cette évolution ? Et quel est le rôle des acteurs associatifs dans ce processus ?
Appuyée sur l'analyse d'articles de presse (communautaire, gaie et généraliste) et des entrevues avec des acteurs associatifs et de la santé publique, l'intervention retracera l'émergence en France d'un militantisme fondé sur les preuves (« evidence based activism ») dans le domaine de la prévention du sida. On s'intéressera à l'usage des données scientifiques dans les controverses, au rôle de la recherche et aux réseaux d'acteurs qui ont facilité l'adoption d'une reconnaissance de la réduction des risques sexuels dans les politiques publiques.
Ce colloque vise à ouvrir un espace de dialogue interdisciplinaire autour des enjeux contemporains sur les politiques publiques et les minorités sexuelles dans l’espace francophone. Si la question de la politique de la sexualité n’est pas nouvelle, elle suscite de nouvelles mobilisations sociales et politiques autour des droits des minorités sexuelles (gais, lesbiennes, transsexuels, transgenres, « queers », etc.), parmi lesquelles les dispositifs étatiques font l’objet de recherches (droit au mariage, prévention du harcèlement et des violences sexuelles, lutte contre l’homophobie, politiques de santé publique spécifiques, lutte contre les discriminations). La normalisation des identités sexuelles que visent les politiques publiques ne fait pas l’objet de consensus. Au contraire, elles continuent de susciter médiatisation et nouvelles mobilisations aussi bien des minorités sexuelles que de nouveaux acteurs politiques. De plus, les nouvelles technologies de communication contribuent à mondialiser le transfert des enjeux d’un pays à l’autre, à encourager la naissance de nouveaux mouvements inspirés par les politiques publiques et les organisations du Nord. Dans les pays du Sud, ces minorités réclament à leur tour des politiques spécifiques pour atteindre l’égalité des droits et leur reconnaissance comme catégories de citoyens. Ces luttes se jouent aussi dans l’arène internationale comme à l’ONU, non sans résistance des États opposés à l’égalité juridique. Les contextes politiques spécifiques de ces régions et l’ingérence des acteurs du Nord entraînent des réactions politiques et sociales qui obligent des membres de ces minorités sexuelles à l’exil vers des espaces où leurs droits seraient davantage reconnus. Ces réfugiés se heurtent cependant à des obstacles dans les pays d’accueil, qui s’inscrivent dans des dispositifs complexes touchant leur accueil. Cette intrication des problématiques locales et internationales demande à être mieux théorisée et empiriquement démontrée.
Thème du colloque :