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Bruno Laprade : UQAM - Université du Québec à Montréal
La théorie queer est née du féminisme et des études gais et lesbiennes et reste en tension avec ces deux champs. Selon Shane Phelan, celle‐ci émerge entre autre des Feminist sex wars. Plus que les positions théoriques queers elles‐mêmes, ce fait historique peut expliquer la polarisation sur les enjeux de pornographie et du travail du sexe entre féministes radicales et tenantes du queer. Dans cette nouvelle guerre pour la légitimé du sujet politique féministe (voir Clare Hemmings), les radicales comme Jeffreys, Descarries et Dufresne vont critiquer la performativité queer comme apolitique et aféministe. Le plus souvent, leurs commentaires s'arrêtent à la pensée de Judith Butler, prise comme synecdote de toute la pensée queer, et négligent l'analyse des mouvements locaux issus de cette mouvance. Cela empêche ainsi souvent les débats et la solidarité sur les enjeux de sexualité et de genre. Pourtant, le queer a su développer un discours matérialiste ne se limitant pas à la multiplication des identités sexuelles et au désir d'(auto)reconnaisance de celles‐ci. En prenant l'exemple des travaux de Margot Weiss sur le BDSM et de Maxime Cervulle et Nick Rees‐Roberts sur la pornographie gaie, où les auteurs prônent un matérialisme queer, cette communication cherche à mettre de l'avant comment les radicales et les queers gagneraient à s'allier pour critiquer la montée du capitalisme rose.
En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on identifier entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions? On pense entre autres au concept central de genre, défini tantôt comme système de domination des hommes sur les femmes, tantôt comme identité ou expression de soi. Par ailleurs, alors que certaines études empiriques montrent l’imbrication des processus de (re)production des normes de genre et de celles établissant la supériorité de l’hétérosexualité, comment les luttes féministes pour déconstruire les stéréotypes de genre et les interventions contre l’homophobie s’arriment-elles, ou non, sur le terrain? Assiste-t-on à une vague féministe qui intègre la diversité sexuelle? La réciproque existe-t-elle du côté de la militance anti-homophobie (ou anti-LGBT-phobies)? Sur le plan historique et sur celui des luttes, la lesbophobie présente dans la société et dans les groupes de femmes constitue-t-elle une donnée incontournable ou un ressort important de réflexion? On n’a qu’à penser à l’imaginaire lesbophobe nourrissant les idées reçues sur les féministes comme leur décalage d’avec les normes esthétiques dominantes, leur comportement masculin ou la violence « virile » de leurs protestations. Le colloque veut stimuler les échanges autour de ces questions.
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