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Emma Goyette : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'émergence de la communauté lesbienne n'est pas sans lien avec l'histoire des femmes, les deux étant marquées par la dépendance, la marginalité et l'invisibilité (Tarmagne, 2001). Cette dernière prive les lesbiennes de la reconnaissance de leur communauté et de ses besoins. Dans cette communication, je propose une réflexion portant sur la construction de l'identité collective des lesbiennes dans un contexte d'invisibilité dans l'espace public. En m'appuyant sur une analyse médiatique, j'étudie la façon dont ces femmes font face aux catégories hétéro/sexistes imposées par les médias, catégories participant à la domination des femmes et lesbiennes. Je démontre que, à l'instar de groupes féministes quelques décennies plus tôt, la communauté lesbienne se construit une identité au sein de contre-publics subalternes, ces publics contestataires à la sphère publique globale (Habermas, 1962) élargissant l'espace discursif par leur posture critique (Fraser, 1992). C'est donc parmi ces micro-espaces publics propres au dialogue qu'elle clarifie ses positionnements politiques et ses fondements identitaires: quelle image veut-elle projeter? Quels enjeux la concernent? Quelles sont ses revendications? Cette construction identitaire est préalable et habilitante à la politique, à l'apparition des lesbiennes dans l'espace public, et est donc proto-politique; les résultats préliminaires de cette étude suggèrent qu'elle passe par la connaissance de soi et de ses motivations (Foucault, 1982).
En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on identifier entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions? On pense entre autres au concept central de genre, défini tantôt comme système de domination des hommes sur les femmes, tantôt comme identité ou expression de soi. Par ailleurs, alors que certaines études empiriques montrent l’imbrication des processus de (re)production des normes de genre et de celles établissant la supériorité de l’hétérosexualité, comment les luttes féministes pour déconstruire les stéréotypes de genre et les interventions contre l’homophobie s’arriment-elles, ou non, sur le terrain? Assiste-t-on à une vague féministe qui intègre la diversité sexuelle? La réciproque existe-t-elle du côté de la militance anti-homophobie (ou anti-LGBT-phobies)? Sur le plan historique et sur celui des luttes, la lesbophobie présente dans la société et dans les groupes de femmes constitue-t-elle une donnée incontournable ou un ressort important de réflexion? On n’a qu’à penser à l’imaginaire lesbophobe nourrissant les idées reçues sur les féministes comme leur décalage d’avec les normes esthétiques dominantes, leur comportement masculin ou la violence « virile » de leurs protestations. Le colloque veut stimuler les échanges autour de ces questions.
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