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Nathalie Ricard
«It's all about gay! It's all about gays!» s'exclamait récemment une demandeuse d'asile lesbienne que j'interviewais. Lennox et Waites (2013) expliquent en partie l'occultation des femmes non-hétéronormatives dans les organisations de défense des droits des minorités sexuelles par l'héritage impérial qui a contribué à la criminalisation de l'homosexualité, concentrant ainsi les débats sur les hommes. Or, les auteurs n'expliquent pas pourquoi le lesbianisme n'avait pas retenu l'attention des colonisateurs dans leur législation. L'intégration de l'approche intersectionnelle sur les plans de la recherche et de la militance qui pourrait servir de panacée pour visibiliser les réalités des femmes non-hétéronormatives (Amnesty International 2008) ne fait toutefois pas l'unanimité (Sheill 2009). Basées sur des entrevues et ma participation observante (Soulé 2007) dans des groupes pour les migrants et migrantes LGBTIQ à Montréal, Toronto et Vancouver, mes analyses explorent comment les luttes féministes et celles contre l'homophobie s'arriment, alors que le discours essentialisant les identités «femmes» et «gay» persiste. De plus, d'autres facteurs influencent les relations de solidarité dans ces associations. Des pistes pour expliquer la persistance du discours essentialiste seront discutées.
En 1903, à Berlin, Anna Rueling appelait le mouvement homosexuel et le mouvement des femmes à s’entraider puisque tous deux luttaient pour la liberté et l’autodétermination individuelle. Un siècle plus tard, quelles convergences peut-on observer entre féminismes et luttes contre l’homophobie? Sur le plan de la pensée, quels rapprochements contemporains peut-on identifier entre le champ des études féministes et celui de la diversité sexuelle et de genre? Comment s’articule l’intersection entre ces deux systèmes de différenciation hiérarchique que sont le sexisme et l’hétérosexisme? Quels théories et concepts y circulent de manière transversale, et avec quelles redéfinitions? On pense entre autres au concept central de genre, défini tantôt comme système de domination des hommes sur les femmes, tantôt comme identité ou expression de soi. Par ailleurs, alors que certaines études empiriques montrent l’imbrication des processus de (re)production des normes de genre et de celles établissant la supériorité de l’hétérosexualité, comment les luttes féministes pour déconstruire les stéréotypes de genre et les interventions contre l’homophobie s’arriment-elles, ou non, sur le terrain? Assiste-t-on à une vague féministe qui intègre la diversité sexuelle? La réciproque existe-t-elle du côté de la militance anti-homophobie (ou anti-LGBT-phobies)? Sur le plan historique et sur celui des luttes, la lesbophobie présente dans la société et dans les groupes de femmes constitue-t-elle une donnée incontournable ou un ressort important de réflexion? On n’a qu’à penser à l’imaginaire lesbophobe nourrissant les idées reçues sur les féministes comme leur décalage d’avec les normes esthétiques dominantes, leur comportement masculin ou la violence « virile » de leurs protestations. Le colloque veut stimuler les échanges autour de ces questions.
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