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Belle et bête de Marcela Iacub : la liberté d'expression littéraire et la vie matérielle

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Eftihia Mihelakis : Brandon University

Résumé de la communication

Selon Marcela Iacub, la littérature peut tout faire : elle est le moyen par excellence pour exercer sa liberté. Dans Belle et bête, en empruntant la forme au « tu », l'auteure s'adresse à son ex amant, Dominique Strauss-Kahn, au moment où il est accusé (DSK v. Diallo) de viol et de proxénétisme. Selon la narratrice du récit, la version la plus pure, la plus généreuse de l'homme, c'est le porc : « Le porc a un rapport au présent que les humains n'ont guère. Il ne cesse de se réjouir de la chance inouïe qu'il a d'être vivant, de manger, de courir, de salir, de blesser, de ressentir » (2013, p. 8). Peut-on en conclure ici que Iacub exonère DSK puisqu'elle le dessine ainsi : « c'est le propre du cochon que d'offenser. Mais les cochons ne commettent pas de crimes sexuels » (2013, p. 13). Belle et bête se situe en opposition aux débats féministes actuels portant sur les enjeux réels du genre et de sexe du viol et c'est en cela que je voudrais m'attarder à l'étude de ce récit. Cette communication pose donc les questions suivantes : comment est construite la figure de la victime dans Belle et Bête ? Comment l'écrivaine élabore-t-elle une écriture du viol, du sexe, du capital et de la vie intime? Et comment ce texte propose-t-il de voir les hiérarchies culturelles et socioéconomiques au 21e siècle?

Résumé du colloque

On s’intéressera aux effets (esthétiques aussi bien qu’éthiques) de la narration à la deuxième personne, laquelle semble faire figure d’exception aux côtés des textes narrés à la première ou à la troisième personne, qui correspondent aux formes canoniques du genre. Cette instance énonciatrice, qui remplit à la fois le rôle de narrateur-protagoniste et de narrataire, traduit souvent un flou identitaire, une sorte de prise de distance de soi à soi qui relève principalement du fait que, comme le suggère Benveniste, le « tu » est une « forme vide », un pur déictique qui n’a d’existence qu’en référence au « je ». Que se passe-t-il quand les textes énoncent un « tu » sans référence à un « je »? Comment se révèle, en creux, l’effacement du sujet? Pourquoi ce type de narration revient-il dans les œuvres contemporaines qui placent l’introspection et l’aveu au cœur du projet d’écriture? Si les études narratives ont insisté sur la façon dont l’indétermination référentielle permet une représentation de l’altérité subjective et du monologue intérieur tels que déployés dans le Nouveau Roman, on s’est moins penché sur l’incidence des récits narrés à la deuxième personne dans les textes contemporains. Or ce type de narration, qui semble faciliter une forme d’écriture blanche, anonyme, est utilisée aussi bien dans les intrigues amoureuses ou les enquêtes policières que dans les écritures dites « de l’absence » (Blanchot). La résurgence de la narration au « tu » dans l’autofiction ou l’« autofiction théorique » (voir Folle de Nelly Arcan et Testo Junkie de Beatriz Preciado) semble également reproduire cette dynamique référentielle qui agit par oscillation, car plus qu’une écriture adressée à un(e) absent(e) (un(e) ex-amant(e), un(e) défunt(e), etc.), ce type de voix permet de faire le récit de l’absence même. Dans ce contexte, le « tu » apparaît comme un élément fondamental et essentiel de toute construction identitaire, par définition intersubjective (Benjamin).

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
manager icon Responsables :
Isabelle Boisclair
section icon Date : 25 mai 2015

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