Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Agnès Berthelot-raffard : Université d'Ottawa
Grâce au développement des éthiques du care et des Disability Studies, le concept de vulnérabilité connaît un regain d'intérêt en philosophie politique contemporaine. En éthique des soins, il pourrait être mobilisé afin de mettre en exergue deux priorités sociales majeures : la participation socio-politique des personnes handicapées et la reconnaissance de la contribution de ceux qui portent leur voix dans l'espace public (Kittay, 1999, 2011, 2013). Avec la notion de « porte-voix », il est possible que le contexte du handicap aide à qualifier les usages théoriques et appliqués du concept dans le cadre de la relation de soins. Cependant, puisqu'il reste difficile d'en saisir les enjeux sous-jacents, je soutiens que cette conception du rôle des personnes qui prennent soin des handicapés comporte des limites. En effet, dans une relation de soins toujours vulnérable bien que promotrice d'empowerment comment maintenir l'équilibre nécessaire à la justice sociale ? Dans cette communication je m'interroge sur la manière dont la vulnérabilité opère dans la relation de soins et dont elle démontre la nécessité de promouvoir le processus d'acquisition des capacités d'émancipation des personnes handicapées et de leur aidant. Pour ce faire, je m'intéresse aux dimensions normatives et prescriptives du concept de vulnérabilité et à la manière dont elles enrichissent ou limitent une réflexion sur l'amélioration des droits sociaux de personnes qui ne peuvent les revendiquer par et pour eux-mêmes.
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
Titre du colloque :
Thème du colloque :