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France Joyal
Etat physiologique de toute transformation ou transition de vie, la vulnérabilité est souvent perçue comme une fragilité et cantonnée dans l'univers du soigné. La relation de soin, d'intervention ou d'accompagnement (le care) requiert, chez la personne qui en prend la charge, le développement d'une qualité de présence déterminée par l'attention, la sollicitude et l'empathie portées à un autrui vulnérable. Mais comment développer cette éthique, ce souci de l'autre? Un survol de programmes universitaires de formation en santé et en accompagnement du changement permet de constater un écart entre les expressions théorique et expériencielle de la vulnérabilité dans la formation de l'étudiant. À la lumière de données théoriques, historiques, culturelles et expériencielles, nous proposons de visiter la vulnérabilité de la personne en charge et d'explorer la dimension auto-formatrice de son consentement à la vulnérabilité, considéré ici comme objet de questionnement personnel, social et pédagogique. Alliant la théorie et la pratique, cet atelier propose de convoquer le corps pour découvrir un rapport à soi favorisant l'expérience phénoménologique de l'autre en tant que semblable; le vécu de la vulnérabilité peut devenir un tremplin vers une praxis du care. De manière heuristique, un travail d'explicitation individuel et collectif permettra une analyse vivante du consentement à la vulnérabilité à partir de ce qui aura été recruté sur le plan psychoaffectif et autobiographique.
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
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