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Diane Léger : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Cette communication située dans le domaine de la psychosociologie propose d'envisager quelques enjeux éthiques associés à la vulnérabilité en formation dans une perspective novatrice. En effet, le plus souvent la vulnérabilité est considérée comme une fragilité nous plaçant devant l'injonction éthique du respect, du souci et de la protection d'autrui et du vivant en général. Ce rapport à la vulnérabilité, fondé et incontournable, porte pourtant aussi une réalité humaine qui indique des voies de passage pour la saisie et le déploiement des potentialités singulières et collectives. Le cadre théorique de la formativité proposé par Bernard Honoré (1992), inspiré de Heidegger, propose le « pouvoir-être » comme point de départ à toute démarche de formation ; pouvoir-être impliquant un « avoir-à former », qui lui-même enjoint à un « devoir prendre-soin ». Le pouvoir-être place la vulnérabilité au cœur même du processus formatif car le sujet, conscient de cette « possibilité d'être », l'aperçoit alors comme non encore advenue. À partir de ces axes structurant de la formation et des vulnérabilités qu'ils soulèvent, nous examinerons des questions ainsi que des défis éthiques et pédagogiques associés à la rencontre de ces vulnérablités-potentialités et la responsabilité éthique d'accompagner le « pouvoir-devenir-sujet » (Beauchesne, 2014) dans cette perspective.
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
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