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Fragilité et vulnérabilité : des antipodes de la théorie politique?

BG

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Bernard Gagnon : UQAR - Université du Québec à Rimouski

Résumé de la communication

L'idée selon laquelle les théories libérales se sont construites sur les fondements de l'autonomie et de la rationalité en omettant la dimension de la vulnérabilité humaine doit être nuancée. Que ce soit chez Hobbes, ou encore chez Locke, le contrat n'a pas seulement pour effet de donner des fondements de nature rationnels à la société politique, tout en respectant les idéaux de liberté et d'égalité, ils ont également pour effet de répondre à la fragilité de la condition humaine. L'image est claire chez Hobbes où l'homme est un loup pour l'homme dans l'état de nature ; la société politique a pour objet de garantir la vie humaine et les droits qui y sont associés. Un autre modèle politique consisterait non à remettre en cause les principes modernes de la raison, de la liberté et de l'égalité à la base de la théorie libérale, mais d'entrevoir sur d'autres bases «anthropologiques» la condition humaine. L'être humain n'est pas un être fragile, tel un objet que l'on peut casser, mais un être vulnérable, dont l'existence est tributaire de l'existence d'autres êtres humains. En ce sens, un modèle politique qui reposerait sur la vulnérabilité et non sur la fragilité serait mieux en mesure de concevoir l'idéal de solidarité collective essentielle à une vie politique commune. C'est ce sur quoi portera l'objet de cette communication.

Résumé du colloque

La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.

C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.

Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 25 mai 2015

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