Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Matthieu Noucher : Centre national de la recherche scientifique
Les innovations technologiques et sociales réalisées depuis la Renaissance (relevés topographiques, instruments de mesure…), renforcées ces dernières années par l'introduction des techniques géomatiques (imagerie satellite, GPS…), conduisent à considérer la cartographie comme une discipline scientifique en progression constante. Elle ne serait alors que le produit d'une géographie formelle, une objectivation de l'espace. Cette vision de la cartographie est bien entendu très caricaturale et les postulats positivistes de la carte comme représentation neutre et toujours précise du territoire ont été largement remis en cause depuis la fin des années 70. En prenant de la distance à l'égard des approches fonctionnalistes et en privilégiant leur portée cognitive, les sciences sociales ont permis de repenser les cartes comme des formes de savoir socialement construit, subjectif et idéologique. Cette « rupture épistémologique » au sein de la discipline cartographique a été portée par les tenants de la « cartographie critique » qui peinent, à l'ère du web et du big data, à se faire entendre. Nous décrirons deux exemples de projets de recherche qui s'intéressent à l'analyse critique de la cartographie de l'environnement (le premier se focalisant sur les productions scientifiques et le second sur les productions des autorités publiques) d'illustrer les positionnements parfois délicats des chercheurs qui s'inscrivent dans des postures critiques vis-à-vis du cadre normatif dominant la discipline.
La science n’est pas qu’un ensemble de textes proposant des connaissances qui visent à comprendre le monde et à le modifier par des interventions. C’est aussi un label souvent utilisé comme une certification de qualité – ?d’objectivité et de vérité –? applicable à certains savoirs et non à d’autres. En effet, selon le cadre normatif dominant de la science actuelle, tout travail qui aspire à la qualité «? scientifique » ?doit être basé sur des données probantes, sur l’évaluation par les pairs dans des revues reconnues ou ayant un facteur d’impact élevé, et reposer sur une revue exhaustive des contributions scientifiques au domaine et sur une méthodologie reconnue et éprouvée. Suivant ce cadre normatif, on qualifie de « charlatans » ou d’esprits irrationnels les savoirs qui contestent la fiabilité des vaccins, le changement climatique, le progrès apporté par les OGM, etc. Alors que certains milieux politiques semblent mépriser ouvertement les connaissances scientifiques lorsque vient le temps des décisions, la formulation « la science montre que... » est souvent utilisée pour disqualifier des propositions concurrentes ou pour justifier tel ou tel choix politique. Pourtant, il n’est jamais possible de parvenir à un résultat définitif ou éternel en science : une connaissance scientifique est toujours un modèle, une manière de représenter le réel qui est propre à un moment historique et qui est vouée à se transformer. La critique et le doute font partie intégrante du processus de production des connaissances.
Dans ce contexte, la critique de la science apparaît comme un exercice délicat. Est-ce pour cette raison que le cadre normatif dominant de la science semble la réserver aux pairs, aux collègues du domaine? Quelle est la place de la critique externe, c’est-à-dire provenant d’autres disciplines, de l’État, de l’industrie ou de la société civile, dans le travail scientifique? Cette critique pose parfois des questions cruciales aux scientifiques, à leurs institutions et au cadre normatif dominant de la science. Ce sont ces questions que nous souhaitons explorer dans ce colloque. Par exemple, comment dénoncer l’influence des conflits d’intérêts sur une partie de la recherche biomédicale sans pour autant nuire à la crédibilité de ce domaine de recherche? Comment communiquer la science en laissant au public la possibilité légitime de douter et de questionner les savoirs présentés? Comment stimuler la confiance dans l’institution scientifique sans exiger du public une admiration béate ? Les scientifiques peuvent-ils et savent-ils accepter la critique externe sans crainte de perdre leur autorité, leur pouvoir de véridiction, comme dirait Michel Foucault? La critique de l’ordre normatif dominant de la science, par exemple dans les études postcoloniales ou féministes, ou –? de manière plus tacite – ?dans le mouvement de la science ouverte, est-elle « antiscience » ou évoque-t-elle plutôt le désir d’une évolution de ce cadre normatif?
Titre du colloque :
Thème du colloque :