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Émilie Tremblay : UQAM - Université du Québec à Montréal
La critique de l'occidentalocentrisme ou de l'eurocentrisme du cadre normatif dominant de la science est portée par différents acteurs, courants et mouvements tels que les post-colonial studies (Saïd, 1978; Bhabha, 1994; Chakrabarty, 2000; Mudimbe, 1994; Mbembe, 2000), les critiques de l'eurocentrisme (Bhambra, 2011; Gunder Frank, 1998; Blaut, 1993; Amin, 1988; Wallerstein, 1997), les critiques de l'impérialisme et de la dépendance académique (Alatas, 2006; Gareau, 1988), la critique décoloniale (Grosfoguel, 2010; Mignolo, 2000), les penseurs de la justice cognitive (Santos, 2011; Visvanathan, 2006), etc. En sociologie, les débats autour de l'internationalisation et de l'indigénisation de la discipline s'inscrivent dans cette critique (Rodriguez, Boatcâ et Costa, 2010; Keim, 2010; Alatas, 2006; Oommen, 1991; Akiwowo, 1988). En effet, plusieurs acteurs appellent à la décolonisation et à la désoccidentalisation de la sociologie, et au développement de traditions nationales autonomes voyant l'internationalisation comme une nouvelle forme d'impérialisme renforçant notamment les rapports de domination et d'exclusion dans le processus de production et de diffusion des connaissances. Comment cette critique adressée à la sociologie est-elle reçue dans différentes communautés sociologiques ? A-t-elle entrainé des transformations profondes dans l'enseignement et la recherche sociologique, ainsi que dans les institutions scientifiques ? Cette communication se penchera sur ces questions.
La science n’est pas qu’un ensemble de textes proposant des connaissances qui visent à comprendre le monde et à le modifier par des interventions. C’est aussi un label souvent utilisé comme une certification de qualité – ?d’objectivité et de vérité –? applicable à certains savoirs et non à d’autres. En effet, selon le cadre normatif dominant de la science actuelle, tout travail qui aspire à la qualité «? scientifique » ?doit être basé sur des données probantes, sur l’évaluation par les pairs dans des revues reconnues ou ayant un facteur d’impact élevé, et reposer sur une revue exhaustive des contributions scientifiques au domaine et sur une méthodologie reconnue et éprouvée. Suivant ce cadre normatif, on qualifie de « charlatans » ou d’esprits irrationnels les savoirs qui contestent la fiabilité des vaccins, le changement climatique, le progrès apporté par les OGM, etc. Alors que certains milieux politiques semblent mépriser ouvertement les connaissances scientifiques lorsque vient le temps des décisions, la formulation « la science montre que... » est souvent utilisée pour disqualifier des propositions concurrentes ou pour justifier tel ou tel choix politique. Pourtant, il n’est jamais possible de parvenir à un résultat définitif ou éternel en science : une connaissance scientifique est toujours un modèle, une manière de représenter le réel qui est propre à un moment historique et qui est vouée à se transformer. La critique et le doute font partie intégrante du processus de production des connaissances.
Dans ce contexte, la critique de la science apparaît comme un exercice délicat. Est-ce pour cette raison que le cadre normatif dominant de la science semble la réserver aux pairs, aux collègues du domaine? Quelle est la place de la critique externe, c’est-à-dire provenant d’autres disciplines, de l’État, de l’industrie ou de la société civile, dans le travail scientifique? Cette critique pose parfois des questions cruciales aux scientifiques, à leurs institutions et au cadre normatif dominant de la science. Ce sont ces questions que nous souhaitons explorer dans ce colloque. Par exemple, comment dénoncer l’influence des conflits d’intérêts sur une partie de la recherche biomédicale sans pour autant nuire à la crédibilité de ce domaine de recherche? Comment communiquer la science en laissant au public la possibilité légitime de douter et de questionner les savoirs présentés? Comment stimuler la confiance dans l’institution scientifique sans exiger du public une admiration béate ? Les scientifiques peuvent-ils et savent-ils accepter la critique externe sans crainte de perdre leur autorité, leur pouvoir de véridiction, comme dirait Michel Foucault? La critique de l’ordre normatif dominant de la science, par exemple dans les études postcoloniales ou féministes, ou –? de manière plus tacite – ?dans le mouvement de la science ouverte, est-elle « antiscience » ou évoque-t-elle plutôt le désir d’une évolution de ce cadre normatif?
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