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Quelle place pour la critique sociale, scientifique et technique dans la gestion des déchets nucléaires?

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Céline PAROTTE : Université de Liège

Résumé de la communication

Avec la multiplication des controverses scientifiques et sous la pression des revendications des mouvements pacifistes et environnementalistes, nous assistons à la naissance d'un flux d'incertitude et de critique politico-sociale, dirigée principalement vers le monde scientifique, sa production et ses hésitations. Bien que les liens entre les idéologies du progrès et de la technologie restent puissants et non remis en question, on assiste également à une critique sociale des conséquences des choix technologiques pour la société.

Cette contribution s'attarde sur le cas de la gouvernance socio-technique des déchets hautement radioactifs depuis le « tournant participatif » des années 90 en France et en Belgique. Il s'agit de poser un regard critique sur l'apparition d'un nouveau mode de gouvernance plus participatif et ses conséquences. Ce tournant redéfinit-il les positionnements du monde scientifique et ses relations aux processus décisionnels ? Comment reçoit-il les critiques qui lui sont adressées depuis l'extérieur?

Cette contribution s'intéresse aux formes institutionnalisées de la participation publique et propose de dépasser la dichotomie entre analyse experte et participation publique pour envisager les critiques de la gestion des déchets nucléaires à travers la frontière science et société.

Résumé du colloque

La science n’est pas qu’un ensemble de textes proposant des connaissances qui visent à comprendre le monde et à le modifier par des interventions. C’est aussi un label souvent utilisé comme une certification de qualité – ?d’objectivité et de vérité –? applicable à certains savoirs et non à d’autres. En effet, selon le cadre normatif dominant de la science actuelle, tout travail qui aspire à la qualité «? scientifique » ?doit être basé sur des données probantes, sur l’évaluation par les pairs dans des revues reconnues ou ayant un facteur d’impact élevé, et reposer sur une revue exhaustive des contributions scientifiques au domaine et sur une méthodologie reconnue et éprouvée. Suivant ce cadre normatif, on qualifie de « charlatans » ou d’esprits irrationnels les savoirs qui contestent la fiabilité des vaccins, le changement climatique, le progrès apporté par les OGM, etc. Alors que certains milieux politiques semblent mépriser ouvertement les connaissances scientifiques lorsque vient le temps des décisions, la formulation « la science montre que... » est souvent utilisée pour disqualifier des propositions concurrentes ou pour justifier tel ou tel choix politique. Pourtant, il n’est jamais possible de parvenir à un résultat définitif ou éternel en science : une connaissance scientifique est toujours un modèle, une manière de représenter le réel qui est propre à un moment historique et qui est vouée à se transformer. La critique et le doute font partie intégrante du processus de production des connaissances.

Dans ce contexte, la critique de la science apparaît comme un exercice délicat. Est-ce pour cette raison que le cadre normatif dominant de la science semble la réserver aux pairs, aux collègues du domaine? Quelle est la place de la critique externe, c’est-à-dire provenant d’autres disciplines, de l’État, de l’industrie ou de la société civile, dans le travail scientifique? Cette critique pose parfois des questions cruciales aux scientifiques, à leurs institutions et au cadre normatif dominant de la science. Ce sont ces questions que nous souhaitons explorer dans ce colloque. Par exemple, comment dénoncer l’influence des conflits d’intérêts sur une partie de la recherche biomédicale sans pour autant nuire à la crédibilité de ce domaine de recherche? Comment communiquer la science en laissant au public la possibilité légitime de douter et de questionner les savoirs présentés? Comment stimuler la confiance dans l’institution scientifique sans exiger du public une admiration béate ? Les scientifiques peuvent-ils et savent-ils accepter la critique externe sans crainte de perdre leur autorité, leur pouvoir de véridiction, comme dirait Michel Foucault? La critique de l’ordre normatif dominant de la science, par exemple dans les études postcoloniales ou féministes, ou –? de manière plus tacite – ?dans le mouvement de la science ouverte, est-elle « antiscience » ou évoque-t-elle plutôt le désir d’une évolution de ce cadre normatif?

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 25 mai 2015

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