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Julie Noack : École normale supérieure de Lyon
Georges Canguilhem est célèbre pour ses travaux d'épistémologie de la médecine et des sciences de la vie. Mais – comme l'ont montré les spécialistes de cet auteur (Dagognet, 1997) –, c'est dans le cadre d'une philosophie de la vie générale et originale qu'il a mené ces travaux. Ici, « philosophie de la vie » signifie à la fois une philosophie qui prend en compte tous les aspects de la vie humaine (donc une philosophie pratique, utile pour la vie) et une philosophie qui réinterprète ces différents aspects à partir d'une définition de la vie organique (Canguilhem, 1952).
Dans cette communication, on aimerait présenter la conception pédagogique que Canguilhem a fondée sur sa réflexion épistémologique. Proche, par certains côtés, de la célèbre conception deweyenne (Dewey, 1938), elle s'en distingue par son attention aux résultats et aux méthodes des sciences de la vie. Même si l'œuvre se concentre sur la pédagogie médicale et celle de l'éducation à la santé (Canguilhem, 1978), on suggérera en quoi elle peut éclairer de façon intéressante l'enseignement des SVT.
Pour Canguilhem, patient, apprenant et praticien sont chacun en activité vitale : or, quand on leur présente un modèle objectif du fonctionnement organique, ils doivent réussir à mettre en relation (et même « en débat ») leur expérience actuelle avec la réalité objective. Cet aller-retour constant entre le vécu singulier de la vie et les modèles universels du vivant est difficile, mais on aimerait le « tester » sur un exemple …
La vie et le vivant intéressent autant les scientifiques que les poètes ou les philosophes. Nos rapports au vivant se construisent, se complexifient et se structurent au fil des expériences, à l’occasion de rencontres ou d’événements vécus en famille, à l’école, au gré de différentes activités auxquelles on accorde diverses significations et valeurs (Bernard, 2014; dell’Angelo, 2008). Par le passé, pour appréhender le « vivant » ou la « vie », différents paradigmes ont été identifiés selon des approches ou des éclairages provenant de plusieurs domaines disciplinaires comme les études philosophiques, épistémologiques, biologiques ou encore anthropologiques, sociologiques et historiques (Canguilhem, 1990; Jacob, 1970; Simard, Harvey & Samson, 2014).
Des avancées scientifiques récentes dans le domaine de la biologie et des biotechnologies ouvrent de nouvelles problématiques en modifiant le noyau (au sens propre comme au figuré) de ce que l’on conçoit comme vivant. Elles conduisent à remettre en question les conceptions de la vie humaine, animale et végétale, et de ses modes de transmission. D’un pays à l’autre, des cadres juridiques sont proposés, des comités d’éthique regroupant diverses disciplines et associations sont mis sur pied, cherchant non seulement la réflexion sur ses enjeux, mais aussi la nécessité de baliser, voire limiter, les pratiques professionnelles entourant le vivant (Parizeau, 2010). Ces questionnements ne concernent pas seulement les spécialistes dans le domaine des sciences du vivant, du droit, de l’économie ou de l’éthique; ils concernent aussi de manière plus générale tous les citoyens et, en particulier, les enseignants qui sont au centre de la situation éducative.
Considérant que vie et vivant sont porteurs d’enjeux importants touchant l’individu comme la société, notre perspective dans ce colloque est d’explorer et d’interroger certains de ces enjeux susceptibles de nourrir la réflexion des acteurs de l’enseignement et d’autres domaines concernés.
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