pen icon Colloque
quote

« C'est un pays dur, icitte » : une littérature en quête du meilleur des mondes

GD

Membre a labase

Georges DESMEULES : Cégep Garneau

Résumé de la communication

«Au pays du Québec, rien ne doit changer» affirmait Louis Hémon. L'ancrage dans le quotidien d'un roman que Félix-Antoine Savard célébrera comme «l'évangile rustique de la terre», s'harmonise mal, semble-t-il, avec la thématique du colloque. Toutefois, la tension latente qui y oppose fatalisme et idéalisme incite à plus de prudence. Si les voix de Maria la tétanisent et annulent chacun de ses projets de départ, il n'en reste pas moins qu'elle évoque à l'envi un «ailleurs» évanescent, mais intelligible dans la perspective d'un exil avorté qui mythifie le référent spatial avant que le récit nous convainque qu'elle choisit le meilleur des mondes. Et pourtant, Maria n'est pas la seule que tente cet exil, loin de là… Dans la perspective du colloque, postulons que l'exil constitue une prédétermination littéraire qui dynamise plusieurs œuvres canadiennes-françaises. Nous proposons la relecture d'œuvres dont le point de convergence réside dans la mythification d'un ici qu'on ne peut envisager laisser derrière soi. Pour paraphraser Roland Barthes, nous discuterons de la question suivante : l'écrivain québécois ne percevrait-il le Québec que comme métaphore?

Résumé du colloque

À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :