pen icon Colloque
quote

Comprendre et critiquer la science : une approche pédagogique précoce

RE

Membre a labase

Roselyne Escarras : UQAR - Université du Québec à Rimouski

Résumé de la communication

Fondé en 2000, le Carrefour des sciences et technologies est un organisme régional d'éducation et de vulgarisation des sciences auprès des jeunes. Il cherche à leur faire aimer les sciences, de façon pratique, ludique, interactive, dans des ateliers donnés dans des lieux de science, par des scientifiques : étudiants, chercheurs, enseignants qui deviennent des modèles qu'ils ne trouvent pas ou peu dans leur milieu. Il veut faire comprendre aux jeunes que la science est bien plus qu'une « matière scolaire » et qu'elle n'est ni un dogme ni une affirmation gratuite.
Un des programmes offert aux jeunes s'appelle « Je suis capable ». Il vise les élèves de 5ème et 6ème années du primaire de 11 villages d'une zone rurale dévitalisée. Un de ses objectifs est de faire comprendre très tôt à ces enfants ce que sont les sciences, comment elles se construisent, à quoi elles servent et de leur montrer comment les critiquer. Cette éducation précoce aux sciences, à la méthode scientifique, à l'esprit critique, leur permettra, quels que soient leurs choix de vie, d'acquérir des connaissances et des compétences pour comprendre, critiquer, agir et non subir le monde dans lequel ils vivent. Cette communication présentera les leçons tirées de cette approche précoce et pratique de l'éducation à la critique de science.

Résumé du colloque

La science n’est pas qu’un ensemble de textes proposant des connaissances qui visent à comprendre le monde et à le modifier par des interventions. C’est aussi un label souvent utilisé comme une certification de qualité – ?d’objectivité et de vérité –? applicable à certains savoirs et non à d’autres. En effet, selon le cadre normatif dominant de la science actuelle, tout travail qui aspire à la qualité «? scientifique » ?doit être basé sur des données probantes, sur l’évaluation par les pairs dans des revues reconnues ou ayant un facteur d’impact élevé, et reposer sur une revue exhaustive des contributions scientifiques au domaine et sur une méthodologie reconnue et éprouvée. Suivant ce cadre normatif, on qualifie de « charlatans » ou d’esprits irrationnels les savoirs qui contestent la fiabilité des vaccins, le changement climatique, le progrès apporté par les OGM, etc. Alors que certains milieux politiques semblent mépriser ouvertement les connaissances scientifiques lorsque vient le temps des décisions, la formulation « la science montre que... » est souvent utilisée pour disqualifier des propositions concurrentes ou pour justifier tel ou tel choix politique. Pourtant, il n’est jamais possible de parvenir à un résultat définitif ou éternel en science : une connaissance scientifique est toujours un modèle, une manière de représenter le réel qui est propre à un moment historique et qui est vouée à se transformer. La critique et le doute font partie intégrante du processus de production des connaissances.

Dans ce contexte, la critique de la science apparaît comme un exercice délicat. Est-ce pour cette raison que le cadre normatif dominant de la science semble la réserver aux pairs, aux collègues du domaine? Quelle est la place de la critique externe, c’est-à-dire provenant d’autres disciplines, de l’État, de l’industrie ou de la société civile, dans le travail scientifique? Cette critique pose parfois des questions cruciales aux scientifiques, à leurs institutions et au cadre normatif dominant de la science. Ce sont ces questions que nous souhaitons explorer dans ce colloque. Par exemple, comment dénoncer l’influence des conflits d’intérêts sur une partie de la recherche biomédicale sans pour autant nuire à la crédibilité de ce domaine de recherche? Comment communiquer la science en laissant au public la possibilité légitime de douter et de questionner les savoirs présentés? Comment stimuler la confiance dans l’institution scientifique sans exiger du public une admiration béate ? Les scientifiques peuvent-ils et savent-ils accepter la critique externe sans crainte de perdre leur autorité, leur pouvoir de véridiction, comme dirait Michel Foucault? La critique de l’ordre normatif dominant de la science, par exemple dans les études postcoloniales ou féministes, ou –? de manière plus tacite – ?dans le mouvement de la science ouverte, est-elle « antiscience » ou évoque-t-elle plutôt le désir d’une évolution de ce cadre normatif?

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :