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Contrées mythiques et intertextuelles : le Nord dans Neige noire de Hubert Aquin ou repenser l'enracinement

JG

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Jolianne GAUDREAULT BOURGEOIS : Université McGill

Résumé de la communication

Le dernier roman d'Hubert Aquin, Neige noire (1974), met en scène le voyage d'un jeune couple vers l'archipel du Svalbard, près du cercle polaire norvégien. Le lieu a quelque chose de mythique, en tant que véritable « bout du monde ».

D'un côté, le foisonnement de la description et des toponymes scandinaves témoignent de l'ampleur du travail documentaire de la part d'un auteur qui n'a jamais mis les pieds en ces latitudes septentrionales. D'un autre, la précision géographique cède la place à une construction imaginaire, celle d'un Nord « transpolaire », espace mythique de conquêtes et d'explorations, territoire à la fois norvégien, russe, mais aussi danois, islandais et québécois. Cette communication tentera de montrer comment Neige noire assume la chute du caractère référentiel des lieux de l'action, pour dessiner un espace discursif où s'amalgament une série de mythes, des versions germaniques de l'histoire du prince Hamlet, aux grandes sagas islandaises. Puis il s'agira de voir comment Neige noire convie le Québec – et sa nordicité – à participer à un « territoire imaginaire de la culture », au passé légendaire proprement occidental.

Résumé du colloque

À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

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