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Christian Nadeau : Université de Montréal
Dans nos sociétés, le rôle des connaissances de chacun est mis à contribution dans l'objectif de faire les meilleurs choix communs possibles. La valeur épistémique de ces choix n'est pas une valeur ajoutée mais un élément intrinsèque à nos démocraties. En revanche, il semble y avoir une dévaluation du savoir pour une panoplie importante d'activités sociales pensées qui toutes pourtant sont organisées en référence à un principe démocratique : activités délibérantes institutionnelles, assemblées générales (celles des organisations syndicales par exemple), organisation de la gestion, etc. La valeur épistémique des démocraties est souvent mal perçue, en raison d'une crainte de l'épistocratie : les connaissances n'étant pas partagées par toutes et tous au même degré, la valorisation des connaissances au sein de la démocratie minerait de l'intérieur l'idéal d'égalité démocratique. Il s'agira ici au contraire de montrer que la valeur épistémique des échanges publics est une condition sine qua non d'une démocratie pensée à l'aune de la solidarité.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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