pen icon Colloque
quote

Distante familiarité du lieu mythique dans l'œuvre de Michel Tremblay

SB

Membre a labase

Sara Bédard-Goulet : Université Toulouse-Jean-Jaurès

Résumé de la communication

Dans le contexte postmoderne actuel, les mythes s'actualisent dans les œuvres littéraires, notamment sous la forme de lieux imaginaires. C'est le cas pour l'œuvre de Michel Tremblay qui, des Chroniques du Plateau-Mont-Royal au Cycle des Belles-Sœurs, présente un lieu et ses personnages mythiques : quatre femmes dans une maison inhabitée. Bien qu'elles fassent référence aux mythes grecs en personnifiant à la fois les Moires et les Muses, ces femmes occupent un appartement jouxtant celui de la famille de la rue Fabre au cœur du récit de Tremblay, et accompagnant ses membres dans leur quotidien. Le lieu mythique y est donc représenté comme étant familier, tout en appartenant à un autre registre – ses habitants restent invisibles pour le commun des mortels. Dans le cadre d'une réflexion sur ce type de lieu, je m'intéresserai à la distante proximité existant entre le territoire mythique dans l'œuvre de Tremblay et les enjeux que sa représentation soulève. Ici, le traitement du lieu mythique va de pair avec la fin des grands récits de la pensée postmoderne, car il conduit à sa disparition : les quatre personnages féminins finissent par déménager, abandonnant la maison voisine et la famille dont elles structuraient l'existence.

Résumé du colloque

À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :