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Énonciation de la dystopie destructurante dans Les chambres de bois d'Anne Hébert

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Tang Alice Delphine : Université de Yaoundé I

Résumé de la communication

Le roman féminin québécois exprime souvent le malaise identitaire à travers une construction métaphorique des utopies. Si ce malaise concerne l'identité culturelle chez certaines romancières appartenant au courant de l'écriture migrante, à l'instar d'Abla Farhoud, chez les autres, notamment Anne Hébert, il est lié à l'identité sexuelle. Ainsi, le couple Michel/Catherine qui évolue dans Les chambres de bois vit dans un lieu qui, non seulement n'existe nulle part, mais ne se laisse pas saisir par le lecteur. Car en effet, les « hauts fourneaux », présentés au départ comme un lieu idyllique parce qu'assimilés aux châteaux des rois, s'avèrent être une sorte d'enfer, un lieu oppressant où Catherine se sent mourir sans toute fois comprendre ce qui se passe en elle. Mais en réalité, sa vie de femme semble être la cause de cette incompatibilité entre l'espace et les hommes. La description de l'atmosphère dans ces « chambres de bois » se fait selon une esthétique qui permet au lecteur de décrypter le jeu énonciatif du texte. Tout se lit dans les implicites les métaphores et les images. L'espace dont a rêvé l'héroïne, comme étant une sorte de paradis par rapport à son lieu d'enfance et de sa famille, se transformera progressivement en une sorte de caverne étouffante. Les chambres de bois des hauts fourneaux, espace de rêve, s'assimilent symboliquement à la chambre en bois qu'est le cercueil.

Résumé du colloque

À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

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