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Éthique du care et valeur intrinsèque de la nature : quels rapports?

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Raphaël Zummo : Université Laval

Résumé de la communication

La vulnérabilité de l'être moral est au principe de l'éthique du care. Mais le care a été appliqué quasi exclusivement aux relations humaines. Pourtant, la notion de vulnérabilité se prête intuitivement aux réalités naturelles sujettes aux activités humaines. De son côté, la tradition anglo-saxonne d'éthique environnementale discute la possibilité d'attribuer une valeur intrinsèque à des entités ou systèmes naturels. Pour ce faire, utilitaristes et déontologistes ont cherché à fonder l'obligation morale sur des propriétés objectives que nous partagerions avec ces entités ou systèmes et qui suffiraient à leur conférer un statut moral, indépendamment de l'agent qui les valorise. Cette tradition prête flanc aux critiques de l'éthique du care pour qui c'est justement la relation entre agent et patient moraux avec son étoffe affective qui importe. Pourtant, le care n'est-il pas par excellence le geste moral où il en va du bien propre de l'être dont on se soucie et prend soin, ceci pouvant reconduire l'idée qu'il y a des valeurs dans la nature ? Toutefois, le critère relationnel de l'éthique du care ne conduit-il pas, lorsqu'érigé en norme, à une inégalité de considération sur une base arbitraire et ainsi à l'injustice ? Pour éviter de tuer le cochon sur le dos du chien, faut-il maintenir la théorie de la valeur intrinsèque ? Ou bien l'éthique du care dispose-t-elle des ressources nécessaires à ce contrepoids ?

Résumé du colloque

La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.

C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.

Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

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