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Jenna Hotton : Université McGill
Cette recherche rend compte de la toute première étude linguistique sur l'anglais parlé dans la région québécoise de la Gaspésie, dont 86 % de la population est d'expression française. Au moyen d'un sondage en ligne, on a recueilli les données de 200 participants portant sur 58 variables phonologiques, grammaticales et lexicales. L'analyse, axée sur les données colligées auprès de 124 participants habitant encore en Gaspésie, dresse un portrait linguistique complexe de la communauté. Elle montre en effet une combinaison unique de traits distinctifs caractéristiques de l'anglais du Canada, du Québec, des provinces maritimes et de la campagne, et présente des signes de conformité et de différence par rapport à l'anglais québécois parlé à Montréal. Par exemple, l'anglais de Gaspésie possède des traits distinctifs des provinces maritimes qu'on ne trouverait pas à Montréal, ainsi que des traits distinctifs du français montréalais qu'on ne trouverait pas dans les provinces de l'Atlantique. Tandis que certaines caractéristiques de l'anglais québécois s'atténuent au fil des générations, d'autres sont de plus en plus répandues, tel le gallicisme stage pour rendre internship. En fait, plusieurs gallicismes sont maintenant plus courants en anglais gaspésien qu'en anglais montréalais, ce qui donne à penser que l'immersion plus complète des Gaspésiens dans un milieu francophone est un élément important du mécanisme de transfert lexical entre le français et l'anglais au Québec.
Les anglophones du Québec, malgré une langue commune, sont divisés en de nombreuses communautés et sous-groupes. Identifier les caractéristiques de ces diverses communautés d’expression anglaise représente alors un défi pour la recherche et l’action publique. En effet, les marqueurs identitaires liés à la langue s’accompagnent souvent d’autres marqueurs parfois plus significatifs pour les individus. Ces marqueurs peuvent être liés au sentiment d’appartenance à un groupe culturel (p. ex. : Irlandais, Pakistanais, Premières Nations, etc.), à une confession religieuse (p. ex. : juive, chrétienne, etc.) ou à un territoire (Montréal, Québec, les régions). La grande variété de situations de ces communautés est aussi attribuable à leur présence historique, ou pas, au Québec. Cette présence joue sur la force de leurs institutions, la visibilité de leurs représentants et, à travers ces derniers, sur les possibilités de dialogue avec la majorité francophone.
Malgré la complexité d’établir des critères définissant de façon univoque ces communautés, une grande tendance se dessine : celle d’une disparité toujours plus grande au fil des ans entre les anglophones de Montréal et ceux hors de la métropole. Jusqu’à maintenant, la majorité de la recherche s’est penchée sur la région montréalaise, où l’on retrouve plus de 80 % des anglophones du Québec. Notre colloque innove donc en se penchant plus spécifiquement sur les défis et les enjeux entourant le fait d’appartenir à une communauté d’expression anglaise loin de cette masse critique. Ces défis et ces enjeux touchent, entre autres, le maintien d’institutions, la capacité de se mobiliser en tant que communauté, la rétention des jeunes qui migrent vers Montréal ou d’autres villes canadiennes, l’attraction d’immigrants et l’accès à des services en anglais garantis par les lois fédérale et provinciale. Les présentations à notre colloque aborderont plusieurs de ces enjeux. L’objectif est d’offrir un meilleur portrait des communautés d’expression anglaise implantées en région et de générer une lecture critique et actuelle de leur situation.
Ce colloque est organisé par le Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise et l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques.
Le colloque sera suivi d’un après-midi à Métis-sur-Mer afin d’y découvrir son patrimoine et ses institutions anglophones. Une visite guidée des Jardins de Métis est prévue, suivie d’un cocktail aux bureaux de Heritage Lower Saint Lawrence. Ce sera l’occasion de découvrir les réalités de la communauté d’expression anglaise du Bas-Saint-Laurent dans un cadre enchanteur en bord de mer. Un souper aura également lieu pour ceux qui souhaitent rester après le cocktail. L’inscription pour ces activités se fera lors du colloque (transport et frais d’admission aux Jardins non inclus). Informations : acfas2015@gmail.com.
Comité scientifique : Cheryl Gosselin, Paul Zanazanian et les organisateurs du colloque
Titre du colloque :