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Bruno Laprade : UQAM - Université du Québec à Montréal
Une visite guidée qui devait servir d'outil de sensibilisation sur la réalité des jeunes LGBTQ dans le Village gai s'est avérée un formidable moyen d'ouvrir des espaces politiques et d'amorcer des réflexions théoriques sur la complexité des rapports entre les jeunes et cette enclave montréalaise. En effet, la transmission historique intergénérationnelle peut servir de moteur d'empowerment et démarrer un processus critique dans ce lieu habituellement considéré comme un espace de consommation. L'apport d'une telle perspective jeunesse entre ainsi en dialogue avec la littérature sur les espaces LGBTQ tout en s'inscrivant contre les perceptions du discours mainstream à l'égard du Village. Cette communication cherche d'une part à retracer les étapes de cette marche exploratoire et à en partager les constats.
Ce colloque propose une exploration multidisciplinaire de thèmes actuels en recherche concernant les enjeux vécus par les jeunes (14-30 ans) de minorités sexuelles en prenant en compte le rapport aux espaces géographiques, symboliques et virtuels. L’expression « minorités sexuelles » réfère à divers groupes minorisés en raison de corps ou d’apparences corporelles, d’orientations sexuelles, d’identités ou de filiation non conformes aux normes culturelles sur la sexualité et le genre, et donc exposés à la stigmatisation et aux discriminations. Elle désigne principalement les jeunes lesbiennes, gais, bisexuels, transsexuels/transgenres et queer (LGBTQ). Les problématiques touchant ces jeunes relèvent d’enjeux spécifiques liés à la fois à l’appartenance à un groupe d’âge, en transition de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte, et à une cohorte générationnelle distincte des précédentes en raison des contextes juridiques, sociaux et culturels dans lesquels elle vit. Les études ont, à ce jour, essentiellement porté sur les milieux urbains, négligeant les petites villes et les régions rurales, où les conditions socioculturelles peuvent contribuer à amplifier les difficultés de dévoilement et d’expression publique de l’identité ou des préférences sexuelles. La rareté ou l’absence de réseaux associatifs ou de rencontres et la carence de ressources d’aide dans le domaine de la santé et des services sociaux pourraient contribuer à l’isolement et aux sentiments d’aliénation et de malaise chez ces jeunes. En revanche, l’expansion d’Internet et des médias sociaux ouvre des espaces virtuels accessibles, anonymes et gratuits, dont la fréquentation a des impacts en termes de résilience et de vulnérabilité.
Réunissant des chercheurs émergents et établis du Québec et de la France, ce colloque examine les réalités quotidiennes, sociales, relationnelles et sexuelles de ces jeunes sous trois angles :
1) Les variations régionales : les processus d’affirmation ou de coming out, les expériences conjugales et relationnelles, les comportements et la santé sexuels, la victimisation liée au statut sexuel minoritaire seront considérées tantôt en ressortant des spécificités liées au contexte sociogéographique (p. ex. le milieu rural), tantôt à travers une approche comparative interrégionale;
2) Les espaces virtuels : les mêmes dimensions seront revisitées en lien avec les usages d’Internet et des réseaux sociaux afin d’explorer comment les jeunes de minorités sexuelles s’approprient et utilisent ces nouveaux médias, tout en comparant aussi selon les caractéristiques de leur milieu résidentiel;
3) Les représentations des espaces géographiques et symboliques : certains quartiers urbains, contemporains ou mémoriels, sont associés à des usages commerciaux, associatifs et résidentiels par les minorités sexuelles et deviennent ainsi investis de significations multiples témoignant de processus d’identification ou de distanciation symbolique qui varient selon les générations LGBTQ.
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