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Margaux RUELLAN : Université de Montréal
Cette présentation aura pour objectif d'exposer les arguments pragmatistes en faveur de la délibération participative, issus des lectures contemporaines de Dewey (Anderson, 2006; Bacon, 2010; Festenstein, 2004; Misak, 2000). Selon ce modèle, accorder la possibilité de participer à un large groupe de citoyens susceptibles de faire l'expérience, dans leur vie pratique, des politiques publiques est une condition de validité de ces dernières. Nous nous intéresserons à la manière dont l'approche deweyenne intègre le désaccord et la contestation dans le débat démocratique. Bien loin de les interpréter comme des erreurs vis-à-vis d'une décision issue d'une procédure validée par des critères épistémiques, les contestations constituent en réalité une étape importante de la méthode expérimentale de prise de décision qu'est la démocratie. Cette méthode se fonde sur un cognitivisme faillibiliste qui impose une révision constante des politiques à la lumière des retours fournis par les citoyens. Les formes de désaccords (explicites comme avec le militantisme ou implicites comme les stratégies non organisées de contournement et d'évitement de la loi) sont donc des moments réflexifs essentiels à la vie démocratique. Aussi l'approche pragramtiste deweyenne de la démocratie réussit-elle, peut-être, à accorder étroitement critères épistémiques de validité et demandes morales d'égalité et de liberté politique (MacGilvray, 2013).
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.