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Audrey-Anne Dumais Michaud : Université Laval
En 2012, la Commission de la santé mentale du Canada fait un constat alarmant concernant les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale: elles sont surreprésentées dans le système de justice et cette tendance qu'on croyait avoir maitrisée semble être en hausse (CSMC, 2012). Une des suggestions de la Commission a été d'augmenter le nombre de tribunaux de santé mentale (TSM) qui sont une alternative aux cadres traditionnels punitifs dont l'inefficacité a été maintes fois dénoncée et démontrée (Schneider, 2009). Brièvement, les TSM combinent des notions de jurisprudence thérapeutique de même que de justice restaurative proposant une approche différente des cours traditionnelles par un travail de collaboration entre les professionnels(les) et par une singularisation des dossiers (Slinger et Roesch, 2010). Or, depuis la mise en œuvre de ces TSM, nous détenons peu d'information concernant l'expérience concrète des individus qui y sont interpellés. Ces expériences certes spécifiques ont lieu neamoins dans un contexte sociétal général qui a redéfini, élargi et hybridé les domaines des problèmes sociaux comme jamais auparavant. Le mouvement de la jurisprudence thérapeutique représente tantôt un idéal d'une prise en charge singulière des individus ayant un problème de santé mental dans le champ pénal, tantôt un nouveau dispostif de régulation sociale.
Ce colloque propose un espace de réflexion visant à rendre compte des multiples angles d’analyses, de conceptualisations, de régulations et de représentations des problèmes sociaux contemporains. Champ en perpétuel renouvellement dont les grammaires sociales, thérapeutiques, scientifiques et politiques expriment autant de manières différentes d’aborder la consistance et les frontières du social.
Nous cherchons à mettre l’accent sur les espaces et les moments où, insaisissable, ce qui pose problème ne peut se résumer simplement. Jamais vraiment fou, jamais vraiment toxicomane ou en aucun cas jamais vraiment déviant, l’individu reste au final toujours garant de sa trajectoire propre évoluant dans les limites du social. C’est ainsi que l’épreuve de la normativité sociale, hybride entre souffrance et déviance, constitue le point d’ancrage entre l’individu et la cité.
En se questionnant sur les zones grises de ce qui pose problème, ce colloque vise à :
1) interroger les représentations de la déviance et de la normativité au carrefour du mental, du social et du judicaire;
2) réfléchir au renouvellement des institutions de prise en charge et d’intervention;
3) définir dans quelle mesure un changement des pratiques peut amener un changement des concepts et réciproquement;
4) déterminer les conditions de singularisation et de subjectivisation des trajectoires individuelles mise à l’épreuve.