Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Leïla Benhadjoudja : Université d'Ottawa
Depuis une décennie au Québec, des acteurs socio-politiques appellent à limiter l'expression publique de l'appartenance religieuse, particulièrement le foulard islamique, car elle constituerait une menace pour la sécularisation. Si certaines formes de religiosité, notamment le catholicisme, sont perçues comme inscrites dans la modernité religieuse, l'islam apparait telle une religion incompatible à la matrice séculière. Plusieurs auteurs ont problématisé l'opposition récurrente entre « islam » et « sécularisation » dans différents contextes occidentaux. Ils ont mis en évidence les enjeux politiques qui sous-tendent cette opposition et la nécessité de s'interroger sur la définition même de la catégorie religion. D'autres approches appellent à repenser la théorisation de la sécularisation à la lumière du genre et de la sexualité afin de voir à l'oeuvre d'autres phénomènes séculiers invisibilisés par les normativités dominantes (Woodhead, 2007). À partir d'une épistémologie féministe postcoloniale, je propose une analyse des différentes formes de sécularisation au Québec, constituées par les rapports de pouvoir de genre et de race. En effet, l'articulation de la race/racisation et de la sécularisation reste un impensé dans les analyses. Ainsi, il s'agira de voir si les controverses relatives au foulard des femmes musulmanes seraient symptomatiques d'une « confrontation » de différentes pratiques séculières.
Une diversité importante de religions, chrétiennes et autres, caractérise les sociétés québécoise et canadienne actuelles. Cette pluralité suscite davantage de débats depuis une quinzaine d’années, dans lesquels semble se dessiner une polarisation entre une conception de la citoyenneté qui inclut l’expression publique de l’appartenance religieuse et une conception de l’incompatibilité entre la religiosité « apparente » et la sécularisation avancée de la société. Si on se réfère aux questions des accommodements raisonnables pour motif religieux et au débat sur la Charte de la laïcité au Québec, on semble de moins en moins en mesure d’adopter, dans les discours publics, un positionnement médian quant à la représentation de la religion. La religiosité manifeste est même le plus souvent associée à de l’intégrisme religieux, mettant en péril les acquis de la modernité laïque.
Ce colloque multidisciplinaire et comparatif propose de réunir des experts reconnus et des jeunes chercheurs afin de se pencher sur l’hypothèse d’un clivage qui serait de plus en plus marqué entre le religieux et le séculier. À partir d’analyses théoriques et de recherches empiriques dans les domaines social, politique et juridique, ce colloque sera l’occasion d’aborder les questions suivantes : les pratiques et les attitudes spécifiques au religieux et au séculier se différencient-elles de plus en plus ou ont-elles en commun des processus de radicalisation? Quels sont les indicateurs qui nous permettent de caractériser les positionnements des différents acteurs par rapport à la religion et au séculier? Les dynamiques entre le religieux et le séculier se répercutent-elles sur les politiques publiques et la sphère juridique? Peut-on évaluer l’impact des représentations réciproques entre les individus religieux et séculiers? Comment le Québec se compare-t-il au reste du Canada et à d’autres pays quant à l’acceptabilité sociale de la diversité religieuse?
Titre du colloque :
Thème du colloque :