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Luc Bégin : Université Laval
Les organisations, tant privées que publiques, sont vulnérables face aux crises et scandales susceptibles de miner leur crédibilité et la confiance des parties prenantes. Les zones de vulnérabilité sont nombreuses et sont appelées à varier sensiblement selon la nature des organisations. Les diagnostics éthiques permettent d'identifier certains types de risques encourus par l'organisation et visent dès lors une prévention de ces derniers. Nous verrons dans un premier temps ce qu'il en est des notions de vulnérabilité, de crise et de risque organisationnels, de manière à mieux comprendre les types d'intervention qui peuvent avoir cours dans une organisation. Partant de ces quelques distinctions essentielles, nous présenterons ensuite un exemple de diagnostic éthique auquel nous avons eu l'occasion de participer. Ce diagnostic ne couvrait pas l'ensemble des zones de vulnérabilité pouvant affecter l'organisation publique que nous avons étudiée, mais a néanmoins permis d'identifier certains risques nécessitant des interventions préventives. Nous nous attarderons plus particulièrement à quelques-uns d'entre eux, de façon à montrer que les vulnérabilités organisationnelles ne résident pas toujours là où on pourrait le penser à prime abord.
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
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