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Sébastien Chabot : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Les personnages de Victor-Lévy Beaulieu n'habitent jamais véritablement les lieux qu'ils traversent. Bien que tous évoluent dans un environnement nommé et circonscrit par la narration, les personnages vlbiens demeurent prisonniers d'univers issus d'une « mythologie personnelle », projetée sur le paysage. Le cas de l'homme-cheval, dans la version romancée du téléroman L'Héritage, en est la parfaite illustration. Guide, mais aussi créateur de cette « terre giboyeuse », celui-ci investit ses fantasmes pédophiliques mâtinés de mythes grecs et amérindiens dans les ombres de la forêt. Ce qui importe ici n'est pas tant de représenter un lieu réel, mais bien ce qui n'existe pas, d'où des stratégies de spatialisation particulières. En outre, une approche intertextuelle montrera que l'homme-cheval puise dans son encyclopédie mythologique la matière première qui lui sert à reconfigurer le monde. Nous tenterons ainsi de mieux comprendre comment construire une interaction structurante entre des personnages de roman et le territoire qu'ils habitent, hantent et investissent.
À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.
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