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France Jutras
Les travaux de Donald Schön, dont particulièrement un livre publié d'abord en anglais en 1983, puis traduit en français en 1994, Le praticien réflexif, ont eu des répercussions majeures sur la manière de considérer la formation des professionnels, et notamment celle des enseignants à tous les ordres d'enseignement. C'est que son argument principal a transformé la conception qu'on a de la pratique : la pratique n'est pas le fruit de l'application de connaissances ou de théories sur la réalité du terrain, la pratique constitue plutôt un agir qui repose sur un savoir professionnel qui se construit sur les bases de l'analyse de l'action elle-même. C'est d'ailleurs ce qu'évoque le sous-titre de l'ouvrage de Schön : à la recherche du savoir caché dans l'agir professionnel. Tout le défi bien sûr, pour la formation comme pour la pratique professionnelle et le professionnel lui-même, est d'exprimer ce savoir professionnel et de le mobiliser dans l'agir. Pour ce faire, Schön répond que la démarche réflexive est essentielle car elle permet d'examiner ce que la pratique apprend au professionnel, d'en saisir le sens et ainsi d'apporter des ajustements continus à ses interventions. Ce qu'on retient de Schön, c'est toute l'importance du savoir professionnel qui se construit grâce à la réflexion dans et sur l'action. Nous mettrons en relief cette conceptualisation de la pratique et du développement du savoir sur la pratique et l'illustrerons avec des exemples du monde de l'enseignement.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.