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Le critical design : une prospective par les objets?

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Christophe Abrassart : Université de Montréal

Résumé de la communication

Le design des objets est souvent associé à la production d'un ordre esthétique dominant (Lipovetsky et Serroy, L'esthétisation du monde, 2013), préfigurant les récits que nous faisons de nous-mêmes et nos efforts de stylisation. Face à ce capitalisme artiste, « délire officiel d'une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort » (Baudelaire, Un plaisant), des auteurs comme De Certeau (L'invention du quotidien, 1990) ou plus récemment Macé (Extension du domaine du style, 2010), Bon (Autobiographie des objets, 2012) ou Jenny (La vie esthétique, 2013), soulignent la possibilité de résistances créatives, productrices d'autres expériences stylistiques, formelles et rythmiques, passant par des usages désordonnés ou détournées des objets ordinaires. D'un autre côté, des designers explorent la possibilité de concevoir délibérément des objets à l'identité étrange ou inconnue avec l'objectif de déclencher une désorientation critique et une prise de conscience politique des usagers : c'est le cas du Critical design (ex. Dunne & Raby) ou du mouvement Droog. Or dans cette approche jouant sur la forme, la matérialité, la sémantique et la rhétorique des objets, la médiation prospective s'appuie moins sur un récit imaginaire que sur une expérience d'usage non verbale. Nous essaierons de voir comment le paradigme du « style en acte » (Jenny, 2011) permet de rapprocher ces deux voies.

Résumé du colloque

Ni tout à fait récit de fiction ni récit historique (tous deux étudiés par Paul Ricœur dans son ouvrage Temps et récit), le récit de prospective semble proposer un rapport particulier à la vérité, de l’ordre de la plausibilité, ainsi qu’au processus de réception des œuvres, au moyen d’une intensification délibérée et organisée de la dialectique expansive entre l’imagination et l’action, entre horizons d’attente et espaces d’expérience, ou encore entre utopies et idéologies.

Dans son ouvrage La culture au pluriel, Michel de Certeau souligne pour sa part qu’avec la prospective « le futur entre dans le présent sur le mode d’altérités », et que « la confrontation avec d’autres est le principe de toutes prospectives ». La prospective comme pratique discursive trouverait là son épistémologie : non pas celle de la prévision vérifiable, mais celle d’une interrogation critique et créative du présent médiatisée par des récits utopiques, étranges, ambigus ou surprenants, dont la force serait de nous inviter à penser et à agir autrement dans le monde. Cette approche rejoint par ailleurs ce que Michel Foucault définit dans son texte Qu’est-ce que les lumières comme une « ontologie historique de nous-mêmes » visant à diagnostiquer le présent de manière généalogique et expérimentale « pour saisir les points où le changement est possible et souhaitable ».

Le présent colloque se propose de réfléchir aux manières d’écrire et d’utiliser les récits de prospective, ces « futurs-rendus-présents tournés vers le pas encore » selon la belle formule de Ricœur, en invitant des chercheurs de différents horizons à confronter leurs démarches. Les récits de prospectives rendent-ils possible une refiguration originale de notre expérience du temps? Quels sont les effets de médiation recherchés par un « bon » récit de prospective? Comment, de quelles manières et selon quels styles des mises en récit littéraires, artistiques, d’expériences de design ou d’aménagement jouent-elles un rôle de prospective en ouvrant des voies inédites pour l’action collective? Par-delà la variété formelle des pratiques exploratoires et prospectives dans ces disciplines, peut-on repérer des points de convergence, ou même un noyau d’identité commune?

Contexte

section icon Thème du congrès 2015 (83e édition) :
Sortir des sentiers battus
section icon Date : 26 mai 2015

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