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Nicolas Bernier : Université de Sherbrooke
On retrouve très peu de conceptions modernes en éthique portant un intérêt significatif à la question du pouvoir et de sa dimension relationnelle (Marchildon, 2013). Certaines conceptions se contentent notamment de présenter des outils et procédures délibératives, tels que le dialogue et des guides de prise de décision, en explicitant très peu la dimension du pouvoir. (Legault, 1999; Patenaude, 2000). Mais d'un autre côté, plusieurs experts du pouvoir en organisation estiment que l'on ne peut échapper au pouvoir : il est polymorphe et omniprésent (Clegg, Courpasson et Philipps, 2006). Dans cette foulée, l'éthique ne pourrait se permettre de faire l'économie du caractère hiérarchique des organisations et de la société sans compter les nombreuses formes possibles de relations de pouvoir entre les individus (Bélanger et Mercier, 2006). Notre objectif est de souligner l'importance de la prise en compte de la question du pouvoir dans des les pratiques délibératives modernes en éthique. Nous nous pencherons sur deux principales théories « sociopolitiques » en sociologie des organisations, soit la sociologie des logiques d'action de Philippe Bernoux et la sociologie des sciences et des techniques de Michel Callon et Bruno Latour. Cela nous permettra de faire ressortir certains phénomènes et dynamiques relationnelles propres aux organisations modernes ainsi que leurs répercussions respectives pour la conceptualisation de pratiques dialogiques dans une perspective éthique.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
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