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Marie Dos Santos : Université de Strasbourg
Cette proposition de communication s'inscrit dans le cadre d'une thèse en sociologie portant sur le sens accordé aux traitements de substitution aux opiacés et sur une étude de terrain réalisée dans diverses structures de soin en France, en Suisse et au Québec. Se sortir de la dépendance a pris un sens pluriel et rajoute de la complexité à la délimitation des frontières, déjà poreuses, entre « le normal et le pathologique » (Canguilhem 1966) : la stabilisation du traitement ou la prise de psychotropes de manière occasionnelle sont aujourd'hui perçues comme des alternatives à l'abstinence et comme d'autres formes de rétablissement. Dans cette communication, nous tâcherons d'analyser les tentatives de « réajustements biographiques » (Strauss 1992), ainsi que les diverses compétences mises en place par les personnes en traitement de substitution. Nous verrons comment les différentes formes de détournement de l'usage prescrit (injection du produit, revente sur le marché noir, sous-dosage ou sur-dosage, etc.) signent parfois un échec de la thérapie, mais peuvent aussi être perçues comme des formes d'appropriation du produit comme drogue, ou comme des tentatives souvent maladroites afin de donner du sens à un traitement que les personnes peinent à définir comme médicament.
Ce colloque propose un espace de réflexion visant à rendre compte des multiples angles d’analyses, de conceptualisations, de régulations et de représentations des problèmes sociaux contemporains. Champ en perpétuel renouvellement dont les grammaires sociales, thérapeutiques, scientifiques et politiques expriment autant de manières différentes d’aborder la consistance et les frontières du social.
Nous cherchons à mettre l’accent sur les espaces et les moments où, insaisissable, ce qui pose problème ne peut se résumer simplement. Jamais vraiment fou, jamais vraiment toxicomane ou en aucun cas jamais vraiment déviant, l’individu reste au final toujours garant de sa trajectoire propre évoluant dans les limites du social. C’est ainsi que l’épreuve de la normativité sociale, hybride entre souffrance et déviance, constitue le point d’ancrage entre l’individu et la cité.
En se questionnant sur les zones grises de ce qui pose problème, ce colloque vise à :
1) interroger les représentations de la déviance et de la normativité au carrefour du mental, du social et du judicaire;
2) réfléchir au renouvellement des institutions de prise en charge et d’intervention;
3) définir dans quelle mesure un changement des pratiques peut amener un changement des concepts et réciproquement;
4) déterminer les conditions de singularisation et de subjectivisation des trajectoires individuelles mise à l’épreuve.