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Aubrey Kubiak : North Carolina State University
Des critiques ont déjà remarqué les liens intertextuels entre l'espace imaginaire du roman d'Anne Hébert, Les Fous de Bassan (1982) et l'espace littéraire faulknérien. Ce que l'on n'a pas encore examiné, c'est la possibilité que les lieux fictifs qui jouent un rôle si important dans le déroulement du récit de la romancière québécoise ont des racines beaucoup plus près de « chez elle ». Cent ans avant la publication de ce dernier, Laure Conan, la première romancière de la province, commence à faire publier en série son premier roman, Angéline de Montbrun, l'action duquel se déroule dans la région des Laurentides. C'est ici que le personnage éponyme mène son jeune existence paradisiaque à Valriant (ville imaginaire) jusqu'à la mort de son père ; après cet évènement traumatisant, ses pas et ses regards divaguent de plus en plus vers la mer et les vals de son pays natal – qui rappellent le féminin – au même moment où elle prend parole pour la première fois. Ce même paysage structure les évènements mystérieux de Griffin Creek, où Hébert peint un monde bouleversé par les morts de deux jeunes filles. Cette communication vise à établir une trajectoire entre le territoire imaginaire crée d'abord par Conan et celui d'Hébert, un territoire matriarcal qui signale la fluidité entre l'utopie et la dystopie féminines.
À l’ère du spatial turn, où sont convoquées les notions d’espace, de lieu et de territoire, on peut s’étonner que la représentation des lieux mythiques ne fasse pas l’objet de recherches soutenues. On sait déjà, à la lumière des travaux de Roland Barthes, qu’on peut lier le mythe à toute parole, car, pour lui, il s’agit d’un « système de communication » (1982). À titre de récits destinés à définir des pratiques d’inclusion au sein d’une communauté donnée, les mythes contribueraient à son organisation. De fait, « [l]e mythe se caractérise par sa forme […], par son fondement […], par son rôle (expliquer le monde) » (Carlier & Griton-Rotterdam, 1994). Selon Mircea Eliade, le mythe devient ainsi exemplaire : il sert à la fois de modèle et de justification à tous les actes humains (1957). Quant à Julia Kristeva, elle précise qu’un mythe se découvre à travers un réseau de relations intertextuelles : « Le texte littéraire s’insère dans l’ensemble des textes : il est une écriture-réplique (fonction ou négation) d’un autre (des autres) texte(s) » (1978). On connaît également les avancées de la géocritique, soit l’étude de la représentation d’un lieu dans une perspective plurifocale (Westphal, 2007) et de la géosymbolique, c'est-à-dire l’étude de l’investissement symbolique dont font l’objet certains lieux référentiels (Bédard, 2002), révélant les liens synecdochiques unissant le lieu à l’humain qui l’habite ou le traverse. Or qu’en est-il des lieux inventés, mythiques ou utopiques dans nos sociétés postmodernes? Leurs représentations remplissent-elles toujours un rôle structurant et fédérateur? Existe-t-il quelque chose comme une utopie propre au Québec, territoire jadis conquis et en voie de réappropriation symbolique par une plus grande ouverture sur le monde? C’est ce que le colloque « Territoires imaginaires » propose d’explorer par l’étude d’œuvres littéraires québécoises réifiant ou déconstruisant des lieux mythiques, ou inventant de nouveaux lieux, de nouvelles utopies.
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