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Jeanne-Astrid Lépine : Université Laval
Maurice Merleau-Ponty cherche, dans les travaux entourant Le visible et l'invisible, à poser les termes d'une ontologie sensible qu'il voit déjà à l'œuvre dans la culture. Dans L'œil et l'esprit, il s'attarde ainsi aux recherches picturales modernes, y reconnaît son souci de « prendre à la lettre ce que nous enseigne la vision (…), que des êtres "extérieurs", étrangers l'un à l'autre, sont pourtant absolument ensemble » et y voit consigné son propre « sentiment d'une discordance profonde » (Maurice MERLEAU-PONTY, L'œil et l'esprit) entre une ontologie dualiste toute positive et le nœud sensible de l'expérience.
Pour une démarche analogue en littérature, « Peut-être faut-il, non pas ramener [la] vision à [la] lecture de signes par [la] pensée, mais inversement retrouver dans la parole une transcendance de même type que dans [la] vision. » (Maurice MERLEAU-PONTY, Notes de cours 1959-1961) Il semble que la poésie de Philippe Jaccottet s'engage dans cette voie et témoigne de la dimension prospective d'une écriture enracinée dans l'expérience. Ici, l'exigence du mot juste réfrène la parole, le dire se cherche en-deçà du paraître, au plus près de l'apparaître.
L'ontologie sensible ébauchée par Merleau-Ponty est-elle attestée dans la poésie de Jaccottet ? Est-elle reconduite dans la réflexion sur l'écriture qui double le travail poétique ? Quels éléments peut-on dégager de l'ontologie sous-jacente à l'œuvre de Jaccottet ?
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.