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Caroline DÉRY : Université Laval
Le 20e siècle est marqué par une reconfiguration des logiques normatives, passées de dynamiques externes à l'individu dont les référents tenaient lieu d'absolus, à des logiques internes régies par la subjectivité individuelle pour lesquelles les critères - (pas moins coercitifs) - se sont relativisés devant la diversification des trajectoires de vie en contexte d'individualisation contemporaine. Des pratiques comme le BDSM qui étaient moralement condamnées et considérées comme pathologiques ont depuis investi la culture populaire, comme en témoigne le succès de la trilogie 50 nuances de Grey et de la production cinématographique éponyme. Il n'en demeure pas moins que le caractère tabou de ces pratiques et leur réception sociale incertaine font en sorte que les praticien(ne)s du BDSM choisissent à qui et comment, sera révélé leur intérêt pour ce jeu érotique, tantôt source d'exaltation, tantôt de gêne, dont l'expression ancrée dans la vie privée prend la forme du secret. Je propose de saisir les contours de la norme contemporaine en matière de comportement sexuels à partir des perceptions qu'en ont les adeptes de BDSM, en m'intéressant notamment à une distinction générationnelle révélatrice apparaissant entre les praticien(ne)s de la « vieille école » protocolaire, attachée à l'immuabilité des statuts hiérarchiques binaires; et les praticien(ne)s issu(e)s du récent courant, plus jeunes, axé(e)s sur l'épanouissement individuel et influencé(e)s par les idées constructivistes.
Ce colloque propose un espace de réflexion visant à rendre compte des multiples angles d’analyses, de conceptualisations, de régulations et de représentations des problèmes sociaux contemporains. Champ en perpétuel renouvellement dont les grammaires sociales, thérapeutiques, scientifiques et politiques expriment autant de manières différentes d’aborder la consistance et les frontières du social.
Nous cherchons à mettre l’accent sur les espaces et les moments où, insaisissable, ce qui pose problème ne peut se résumer simplement. Jamais vraiment fou, jamais vraiment toxicomane ou en aucun cas jamais vraiment déviant, l’individu reste au final toujours garant de sa trajectoire propre évoluant dans les limites du social. C’est ainsi que l’épreuve de la normativité sociale, hybride entre souffrance et déviance, constitue le point d’ancrage entre l’individu et la cité.
En se questionnant sur les zones grises de ce qui pose problème, ce colloque vise à :
1) interroger les représentations de la déviance et de la normativité au carrefour du mental, du social et du judicaire;
2) réfléchir au renouvellement des institutions de prise en charge et d’intervention;
3) définir dans quelle mesure un changement des pratiques peut amener un changement des concepts et réciproquement;
4) déterminer les conditions de singularisation et de subjectivisation des trajectoires individuelles mise à l’épreuve.