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Christine ARSENAULT : UQAR - Université du Québec à Rimouski
L'œuvre de Rabelais, où abondent les prises de position concernant la plupart des grands enjeux idéologiques de son époque, a, dès sa parution, été associée aux débats religieux et politiques qui secouent la France des XVIe et XVIIe siècles. Nombre de ses imitateurs ont été tentés d'évoquer son univers fictionnel et ses personnages à des fins de polémique et de propagande, qu'il s'agisse d'Antoine Marcourt, de Théodore de Bèze, ou encore des auteurs de la Satyre Ménippée (1593), qui associent tous l'imaginaire rabelaisien à la dénonciation des abus de l'Église romaine. On voit toutefois apparaître, avec la fin du règne d'Henri III et l'avènement au trône d'Henri IV, un nouvelle tendance dans la littérature pararabelaisienne, qui récupère, pour la première fois dans les Paraboles de Cicquot en forme d'advis sur l'Estat du Roy de Navarre (1593), des éléments de la chronique pantagruéline avec une visée catholique, explicitement anti-réformée. Cette tendance atteindra son apogée sous le règne de Louis XIII. Ainsi, Guillaume Reboul offrira une violente attaque contre les protestants dans son Nouveau Panurge (1613), l'auteur de Conférence d'Antitus, Panurge et Guéridon (1614) alternera les arguments pour et contre la Réforme, et François Garasse emploiera, dans son Rabelais reformé (1619), une verve toute rabelaisienne pour s'attaquer au ministre Pierre Du Moulin et à ses fidèles, marquant un tournant majeur dans la chaîne de réception des écrits de Rabelais au début du XVIIe siècle.
Ce colloque vise à étudier la bibliothèque rabelaisienne, entendue dans son acception la plus large d’ensemble de livres que l’on peut rattacher directement ou indirectement à Rabelais, médecin, humaniste, philologue et auteur de Pantagruel (1532), de Gargantua (1534), du Tiers livre (1546) et du Quart livre (1552). Il s’agira d’abord d’éclairer la bibliothèque réelle de l’humaniste, à partir des quelques exemplaires portant son ex-libris et dans lesquels sont consignées ses notes de lecture, dont certaines constituent le dossier génétique de son œuvre de fiction. Il s’agira aussi d’éclairer la bibliothèque éditée par Rabelais et constituée par les éditions de textes qu’il a publiées comme philologue et humaniste. Il s’agira ensuite de mieux comprendre la bibliothèque de Rabelais telle qu’elle peut être reconstituée à la lumière de l’intertextualité qui informe ses œuvres narratives et qui, pour une large part, reste encore méconnue, faute d’avoir été étudiée en fonction des éditions du 16e siècle auxquelles l’humaniste avait accès et qui donnent bien souvent à lire un texte différent de celui que l’on connaît aujourd’hui, en particulier s’agissant des auteurs de l’Antiquité gréco-latine ou encore en raison du recours aux compilations et miscellanées humanistes. Il s’agira enfin de voir comment l’œuvre rabelaisien donne à lire et à imaginer une bibliothèque fantasmée, que ce soit en fonction des références à des livres inventés ou inconnus que fournit Rabelais lui-même — pensons au catalogue de la bibliothèque Saint-Victor — ou à partir des fictions parabelaisiennes qui cherchent à prolonger l’univers fictionnel du maître pour s’en approprier l’autorité, le style, les personnages ou la diégèse, comme si les continuateurs répondaient à la page de titre du Tiers livre, enjoignant le lecteur à « soy reserver à rire au soixante et dixhuytiesme livre », véritable invitation à imaginer les 74 livres manquants.