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Olivier PEDEFLOUS : Institut de recherche et d'histoire des textes (CNRS)
La réception de l'œuvre de Rabelais dans les bibliothèques de congrégations est un sujet encore peu exploré. Le tableau paraît contrasté, écornant l'image d'un Rabelais uniquement anticlérical et athée célébrée par le XIXe siècle. Cette communication se propose de faire un premier panorama de la question à partir d'exemples précis. A côté d'exemplaires des récits pantagruéliques ou des publications scientifiques où le nom de Rabelais est fréquemment caviardé et où certains passages lestes sont censurés, il se trouve que plusieurs bibliothèques de congrégations ont été accueillantes et certains volumes de la bibliothèque de travail de Rabelais sont passés dans des monastères au entre la fin de la Renaissance et le XIXe siècle, ce qui pose question.
Ce colloque vise à étudier la bibliothèque rabelaisienne, entendue dans son acception la plus large d’ensemble de livres que l’on peut rattacher directement ou indirectement à Rabelais, médecin, humaniste, philologue et auteur de Pantagruel (1532), de Gargantua (1534), du Tiers livre (1546) et du Quart livre (1552). Il s’agira d’abord d’éclairer la bibliothèque réelle de l’humaniste, à partir des quelques exemplaires portant son ex-libris et dans lesquels sont consignées ses notes de lecture, dont certaines constituent le dossier génétique de son œuvre de fiction. Il s’agira aussi d’éclairer la bibliothèque éditée par Rabelais et constituée par les éditions de textes qu’il a publiées comme philologue et humaniste. Il s’agira ensuite de mieux comprendre la bibliothèque de Rabelais telle qu’elle peut être reconstituée à la lumière de l’intertextualité qui informe ses œuvres narratives et qui, pour une large part, reste encore méconnue, faute d’avoir été étudiée en fonction des éditions du 16e siècle auxquelles l’humaniste avait accès et qui donnent bien souvent à lire un texte différent de celui que l’on connaît aujourd’hui, en particulier s’agissant des auteurs de l’Antiquité gréco-latine ou encore en raison du recours aux compilations et miscellanées humanistes. Il s’agira enfin de voir comment l’œuvre rabelaisien donne à lire et à imaginer une bibliothèque fantasmée, que ce soit en fonction des références à des livres inventés ou inconnus que fournit Rabelais lui-même — pensons au catalogue de la bibliothèque Saint-Victor — ou à partir des fictions parabelaisiennes qui cherchent à prolonger l’univers fictionnel du maître pour s’en approprier l’autorité, le style, les personnages ou la diégèse, comme si les continuateurs répondaient à la page de titre du Tiers livre, enjoignant le lecteur à « soy reserver à rire au soixante et dixhuytiesme livre », véritable invitation à imaginer les 74 livres manquants.