Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Ivan KRALJIC : UQAR - Université du Québec à Rimouski
En 1791 parut à Paris De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente. L'auteur en était Pierre-Louis Ginguené (1748-1816). Reproduisant et commentant maints passages de l'œuvre rabelaisienne où les puissants, le clergé, les moines et les juristes étaient tournés en dérision, Ginguené prétendait établir que Rabelais avait « préparé la destruction [des] sottises politiques et religieuses » de l'ancien régime. Pourtant, lorsque le clergé de France assemblé à Paris vingt ans avant la Révolution avertissait les Français des menaces qui pesaient contre le trône et l'autel, ce ne sont pas les fables rabelaisiennes qui étaient dénoncées mais les philosophes et les œuvres ouvertement matérialistes ou opposés au catholicisme. Ces Messieurs du clergé avaient-ils négligé un puissant ennemi dans Rabelais ? Nous discuterons dans un premier temps de la réception de Rabelais au XVIIIe siècle et de sa réputation de bouffon et de « philosophe ivre » (Voltaire), c'est-à-dire d'un auteur qu'on ne prenait pas au sérieux. Présenter Rabelais comme un authentique philosophe voire un théoricien des institutions était audacieux et incongru dans l'ambiance intellectuelle grave et sérieuse du siècle des Lumières. Nous présenterons dans un second temps les parallèles que Ginguené établissait entre les événements et les personnages révolutionnaires et ceux du roman rabelaisien et jugerons de leur pertinence, pour conclure sur l'autorité réelle de Rabelais dans la Révolution française.
Ce colloque vise à étudier la bibliothèque rabelaisienne, entendue dans son acception la plus large d’ensemble de livres que l’on peut rattacher directement ou indirectement à Rabelais, médecin, humaniste, philologue et auteur de Pantagruel (1532), de Gargantua (1534), du Tiers livre (1546) et du Quart livre (1552). Il s’agira d’abord d’éclairer la bibliothèque réelle de l’humaniste, à partir des quelques exemplaires portant son ex-libris et dans lesquels sont consignées ses notes de lecture, dont certaines constituent le dossier génétique de son œuvre de fiction. Il s’agira aussi d’éclairer la bibliothèque éditée par Rabelais et constituée par les éditions de textes qu’il a publiées comme philologue et humaniste. Il s’agira ensuite de mieux comprendre la bibliothèque de Rabelais telle qu’elle peut être reconstituée à la lumière de l’intertextualité qui informe ses œuvres narratives et qui, pour une large part, reste encore méconnue, faute d’avoir été étudiée en fonction des éditions du 16e siècle auxquelles l’humaniste avait accès et qui donnent bien souvent à lire un texte différent de celui que l’on connaît aujourd’hui, en particulier s’agissant des auteurs de l’Antiquité gréco-latine ou encore en raison du recours aux compilations et miscellanées humanistes. Il s’agira enfin de voir comment l’œuvre rabelaisien donne à lire et à imaginer une bibliothèque fantasmée, que ce soit en fonction des références à des livres inventés ou inconnus que fournit Rabelais lui-même — pensons au catalogue de la bibliothèque Saint-Victor — ou à partir des fictions parabelaisiennes qui cherchent à prolonger l’univers fictionnel du maître pour s’en approprier l’autorité, le style, les personnages ou la diégèse, comme si les continuateurs répondaient à la page de titre du Tiers livre, enjoignant le lecteur à « soy reserver à rire au soixante et dixhuytiesme livre », véritable invitation à imaginer les 74 livres manquants.