Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Nathalie Lewis : UQAR - Université du Québec à Rimouski
En 1981, plus de 500 policiers fédéraux et québécois débarquent à Listuguj dans l'idée de faire respecter les règlements concernant la pêche au saumon, pourtant une activité traditionnelle Mi'gmaq, protégée par des traités. Loin d'avoir obligé les Mi'gmaqs à se conformer aux politiques gouvernementales liées à la gestion des ressources naturelles, le « raid » semble avoir déclenché un processus de réappropriation du territoire et de « nation-building ». C'est cette construction collective que nous devons suivre pour saisir le sens des actions entreprises par les Mi'gmaq sur de plus de trente ans. À certains moments, ces actions sont caractérisées par les confrontations, telles que les blocages de routes ou le refus de participer aux processus de consultation multipartite établis par le gouvernement provincial. Mais, par ailleurs, les Mi'gmaq de Listiguj choisissent également à s'engager avec l'État et le secteur privé dans des initiatives telles que la récolte forestière, la gestion de la pêche au saumon et le développement éolien. Ces mouvements sont loin d'être spontanés, nous soulignerons en conclusion qu'ils s'insèrent dans une stratégie de réappropriation du territoire qui nous aurait été difficile de saisir si nous nous étions concentrés seulement que sur les processus de consultation proposés par l'État.
L’étude de la participation des Premières Nations dans le secteur forestier canadien a connu des avancées considérables au cours de la dernière décennie, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités d’analyse comparative aux chercheurs. Ce colloque, faisant suite aux colloques semblables tenus aux congrès de 2010 et 2013, vise à examiner les tendances de l’évolution du rôle de Premières Nations dans la gestion des territoires forestiers. Nous notons particulièrement la diversité des formes que peut prendre cette participation ainsi que leurs défis et leurs opportunités, de même que plusieurs dynamiques sociales observées au sein même de ces nouvelles pratiques. De plus, nous remarquons une diversité des méthodologies et une reconnaissance de l’importance des équipes et des approches multidisciplinaires.
Ce colloque explorera la participation autochtone à la gestion du territoire forestier, défini comme espace naturel, institutionnel et procédural où les Premières Nations et les agents étatiques et industriels tentent de négocier les termes d’une collaboration. Les modes participatifs de gestion du territoire n’existent pas indépendamment les uns des autres, et nous voyons émerger diverses stratégies pour souligner les valeurs autochtones, notamment face à ceux de l’État et de l’industrie. Les conférenciers à ce colloque s’intéresseront à mieux comprendre ces articulations à partir de données empiriques détaillant l’évolution des formes de participation pour une communauté ou une nation donnée, ou encore en traitant des rapports qui existent entre divers processus contemporains impliquant cette communauté ou cette nation. En outre, il sera question des processus consultatifs, de la cogestion, de la certification forestière, de l’entrepreneuriat forestier autochtone et des démarches juridiques de revendication et d’affirmation des droits des Premières Nations.
Thème du colloque :