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Ernest-Marie Mbonda : UQAR - Université du Québec à Rimouski
D'un point de vue épistémologique et normatif, la question de l'approche la plus pertinente pour analyser ce que Rawls appelle «sociétés entravées» occupe une place centrale dans les débats contemporains. Il n'y a pas de consensus sur les approches les plus appropriées pour mesurer la pauvreté dans le monde ou d'autres types de difficultés que connaissent en particulier les pays du Sud, encore moins sur les types d'obligations morales et politiques qu'induisent ces difficultés. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD, 1994) a proposé la notion de sécurité humaine, reprise par la Commission Ogata-Sen sur la sécurité humaine (La sécurité humaine maintenant, 2003) et associée à celle de développement humain. En 2014, le PNUD propose la notion de vulnérabilité humaine comme nouvelle catégorie conceptuelle pour comprendre la situation des sociétés en proie à des difficultés politiques et économiques plus ou moins marquées. L'objectif de cette communication sera d'analyser l'apport du paradigme de la vulnérabilité dans un champ conceptuel où on trouve déjà d'autres notions comme la sécurité humaine, le développement humain, les capabilités, etc. Si ce paradigme est visiblement emprunté à l'éthique du Care, il sera question de voir dans quelle mesure il s'applique à des entités collectives comme les sociétés et quelles implications normatives on peut en tirer. On s'appuiera notamment sur le cas de l'épidémie d'Ebola qui a causé plus de 5000 décès en Afrique de l'Ouest.
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
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