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Antoine PAGEAU ST-HILAIRE : University of Chicago
Nous proposons par cette présentation d'éclairer la dimension ironique du dialogue platonicien en montrant comment se répondent l'une et l'autre les intuitions de deux philosophes historiquement fort éloignés. Nietzsche disait que les « Grecs étaient superficiels – par profondeur », autrement dit qu'à la surface même de leurs réflexions gisaient une pénétration intellectuelle singulière des choses. Plusieurs siècles plus tôt, le philosophe Al-Fârâbî nous introduisait aux Lois de Platon par histoire d'un ascète qui réussit à échapper à la persécution en dévoilant son identité d'une manière si explicite et « naïve » que personne ne le crût. Il conclut ce préambule par une mise en garde selon laquelle « il a pu se faire qu'il [Platon] se résolve à parler de ce dont il veut parler en l'explicitant de manière manifeste. » Suivant ces deux voies, nous essaierons de montrer que la stratégie littéraire que constitue l'ironie est un procédé permettant de signifier une vérité à la surface des dialogues. Plus précisément, nous chercherons à faire voir que l'ironie socratico-platonicienne est la forme par laquelle le dialogue révèle à sa surface même le conflit entre les philosophes est les non-philosophes qui culmine dans le conflit entre le philosophe et la cité. Nous dégagerons d'abord les présupposés anthropologiques de l'ironie et essaierons de montrer comment ceux-ci se transposent en dernière instance dans la tension entre la philosophie et la communauté politique.
L’expérience trouve son origine dans la connaissance sensible. Elle est particulière à chacun, et pourtant elle conduit à la connaissance scientifique universelle. Sans le secours du langage, elle reste inaccessible, mais le langage lui-même semble provenir d’elle. Données à jamais privées ou clef de voute de toute connaissance possible, la question de l’expérience est au centre d’une multitude de théories philosophiques fondamentales.
Toute personne ayant acquis un niveau d’expérience pertinente reconnu est considérée comme un expert, mais à quoi tient l’expertise? Qui sont les experts et qu’implique la détermination de leur statut épistémologique? Selon quel critère la communauté fait-elle d’un individu un expert? Quels droits et privilèges exerce-t-il dans une société démocratique? La question de l’expertise, bien qu’au centre du domaine de l’épistémologie, peut être abordée tant par le féminisme, par la philosophie des sciences, que par la philosophie politique.
Quant à l’expérimentation, elle désigne une expérience d’un type particulier : une expérience que l’on contrôle et réalise afin de « régler » certaines questions. L’expérimentation est une méthode puissante pour guider la connaissance et l’action. Toutefois, le lien qu’elle entretient avec la théorie dont elle découle est complexe. Les inférences sous-jacentes sont-elles toujours légitimes et suffisantes? De plus, les conditions des expérimentations soulèvent de graves questions éthiques. Qu’elles impliquent des sujets humains ou animaux, les expérimentations pharmaceutiques, par exemple, réduisent ces êtres à des outils scientifiques et peuvent dépasser une barrière éthique sous le couvert d’objectifs médicaux touchant une plus grande masse.
Le thème que représente la combinaison des concepts d’expérience, d’expertise et d’expérimentation que propose la Société de philosophie du Québec pour son congrès 2015 peut être déployé de manière multiple et propre à interpeller tous les champs de la philosophie.
Thème du colloque :