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Mireille HUCHON : Sorbonne Université
Le blason de Rabelais que vient d'exhumer Claude La Charité à l'occasion de son exceptionnelle découverte de l'édition grecque du Pronostic d'Hippocrate de 1537 est présent dans diverses éditions données par l'auteur chez Gryphe et chez Juste entre 1533 et 1537, en latin ou en français, telle l'édition de l'Almanach pour l'an 1535, récemment retrouvée. Ce blason, un chevron accompagné en chef de deux croix pattées et en pointe d'une cane, le tout entouré d'une couronne, avec une devise en grec, ΤΥΧΗ ΑΓΑΘΗ ΣΥΝ ΘΕΩ, "A la bonne fortune, avec Dieu", évoque le blason d'un des ses amis proches, Hubert de Suzanne qui précise, qu'à côté d'éléments rappelant la valeur de ses ancêtres, la couronne de laurier lui est personnelle, dans la mesure où il l'a acquise par sa plume. La création du blason de Rabelais sera mise en relation avec les autres marques de reconnaissance qu'il utilise, à la lumière de son appartenance à certains réseaux, alors même que les correspondances des composantes du blason seront explicitées dans son œuvre française.
Ce colloque vise à étudier la bibliothèque rabelaisienne, entendue dans son acception la plus large d’ensemble de livres que l’on peut rattacher directement ou indirectement à Rabelais, médecin, humaniste, philologue et auteur de Pantagruel (1532), de Gargantua (1534), du Tiers livre (1546) et du Quart livre (1552). Il s’agira d’abord d’éclairer la bibliothèque réelle de l’humaniste, à partir des quelques exemplaires portant son ex-libris et dans lesquels sont consignées ses notes de lecture, dont certaines constituent le dossier génétique de son œuvre de fiction. Il s’agira aussi d’éclairer la bibliothèque éditée par Rabelais et constituée par les éditions de textes qu’il a publiées comme philologue et humaniste. Il s’agira ensuite de mieux comprendre la bibliothèque de Rabelais telle qu’elle peut être reconstituée à la lumière de l’intertextualité qui informe ses œuvres narratives et qui, pour une large part, reste encore méconnue, faute d’avoir été étudiée en fonction des éditions du 16e siècle auxquelles l’humaniste avait accès et qui donnent bien souvent à lire un texte différent de celui que l’on connaît aujourd’hui, en particulier s’agissant des auteurs de l’Antiquité gréco-latine ou encore en raison du recours aux compilations et miscellanées humanistes. Il s’agira enfin de voir comment l’œuvre rabelaisien donne à lire et à imaginer une bibliothèque fantasmée, que ce soit en fonction des références à des livres inventés ou inconnus que fournit Rabelais lui-même — pensons au catalogue de la bibliothèque Saint-Victor — ou à partir des fictions parabelaisiennes qui cherchent à prolonger l’univers fictionnel du maître pour s’en approprier l’autorité, le style, les personnages ou la diégèse, comme si les continuateurs répondaient à la page de titre du Tiers livre, enjoignant le lecteur à « soy reserver à rire au soixante et dixhuytiesme livre », véritable invitation à imaginer les 74 livres manquants.