Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Benoît Pigé : Université de Franche-Comté
Pour Erving Goffman, le stigmate est ce qui empêche l'individu d'accéder à sa pleine identité sociale. L'écart à la norme est perçu comme un amoindrissement. La personne autiste comme la personne trisomique témoignent du caractère contraignant, et parfois violent, de cette identification à la norme sociale. Une société qui idéalise la maximisation du bien-être économique, et qui néglige la dimension psychique, conduit insensiblement à rejeter les personnes malhabiles dans la mise en œuvre de l'efficience économique. S'il existe un déséquilibre entre le domaine matériel (ou corporel) et le domaine spirituel (ou psychique), comme cela semble avéré dans nos sociétés occidentales, l'unilatéralité des modes de représentation et de normalisation de l'individu au sein de la société ne peut que générer des phénomènes de stigmatisation et d‘exclusion. Au lieu d'envisager la différence des personnes autistes et trisomiques uniquement sous l'angle médical de la déficience, cet article suggère que la société pourrait se rééquilibrer en acceptant une conception de la normalité qui intègre des équilibres différents entre les domaines matériels et spirituels. Les conséquences d'un tel changement de paradigme ne se limitent pas aux phénomènes d'exclusion ou de normalisation, ils touchent aussi à la gouvernance de nos sociétés et de nos Organisations.
Ce colloque propose un espace de réflexion visant à rendre compte des multiples angles d’analyses, de conceptualisations, de régulations et de représentations des problèmes sociaux contemporains. Champ en perpétuel renouvellement dont les grammaires sociales, thérapeutiques, scientifiques et politiques expriment autant de manières différentes d’aborder la consistance et les frontières du social.
Nous cherchons à mettre l’accent sur les espaces et les moments où, insaisissable, ce qui pose problème ne peut se résumer simplement. Jamais vraiment fou, jamais vraiment toxicomane ou en aucun cas jamais vraiment déviant, l’individu reste au final toujours garant de sa trajectoire propre évoluant dans les limites du social. C’est ainsi que l’épreuve de la normativité sociale, hybride entre souffrance et déviance, constitue le point d’ancrage entre l’individu et la cité.
En se questionnant sur les zones grises de ce qui pose problème, ce colloque vise à :
1) interroger les représentations de la déviance et de la normativité au carrefour du mental, du social et du judicaire;
2) réfléchir au renouvellement des institutions de prise en charge et d’intervention;
3) définir dans quelle mesure un changement des pratiques peut amener un changement des concepts et réciproquement;
4) déterminer les conditions de singularisation et de subjectivisation des trajectoires individuelles mise à l’épreuve.