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Philippe LYET : ETSUP - École supérieure de travail social
La nouvelle gestion publique génère à l'intérieur des organisations du travail social en France et au Québec de nouvelles stratégies de management qui se traduisent par une régulation de contrôle (Jean-Daniel Reynaud, 1988) plus forte de la part de l'encadrement sur les travailleurs sociaux. Ceux-ci, dans leur majorité, identifient des limites à cette nouvelle stratégie et développent des "zones d'incertitude" pour continuer d'agir autant que possible selon des principes et des méthodologies qui leur conviennent. Dans cette évolution générale, il apparait tout d'abord un mouvement de "résistance" plus important en France qu'au Québec fait de protestations individuelles ou collectives. Les cadres sont en capacité de décrire les tenants et les aboutissants de ces évolutions quand les TS n'en voient que les effets sur leurs pratiques. Ils affirment une "éthique de la responsabilité" en tentant de trouver des solutions de faisabilité. On repère enfin une différence de positionnement entre les plus anciens et les plus jeunes, en particulier en France. Les plus anciens défendent une "éthique de la conviction" et construisent parfois un "front du refus". Les plus jeunes sont plus pragmatiques et ne rejettent pas a priori les évolutions mais peuvent en montrer les limites et cherchent des accommodements concrets. Il est difficile de dire si cette différence de positionnement vient du parcours de formation (lié à la mise en place des référentiels) ou à un effet générationnel, ou aux deux.
Ce colloque présente des recherches relatives aux effets des réformes des formations et de l’introduction des référentiels professionnels dans la professionnalisation du secteur du travail social et des pratiques des travailleurs sociaux. Il s’ouvrira à des travaux portant sur des champs confrontés à une problématique similaire (santé et éducation, par exemple). Sa problématique prendra également en compte d’autres phénomènes comme l’influence de la nouvelle gestion publique ou les effets générationnels sur les pratiques professionnelles.
Le thème traite d’une préoccupation majeure chez les formateurs des professions d’aide et chez l’ensemble des intervenants sociaux eux-mêmes. Les réformes du secteur social sont au cœur des débats autant dans les milieux de pratique que de formation en sciences sociales, psychoéducation, sociologie et psychologie. Plusieurs enjeux politiques et législatifs actuels ont une incidence capitale sur les programmes de formation aux niveaux collégial et universitaire. En quoi ces enjeux touchant la professionnalisation et l’identité des intervenants sociaux sont-ils aussi des enjeux de la formation théorique et pratique? Les réformes et les référentiels viennent-ils mettre en péril l’identité professionnelle et la socialisation professionnelle? Ou encore les réduire à une expertise redéfinie à partir de savoirs et de compétences, et de mise en œuvre de bonnes pratiques afin d’atteindre des résultats standardisés et légalisés? Les réformes et les référentiels de compétences sous-tendent-ils une définition de l’exercice de la profession, limitent-ils le champ d’expertise à ces compétences et justifient-ils la mise en œuvre d’une certification de formation commune aux professions du travail social?
La formation implique un travail critique, un examen réflexif et continu. L’exercice du travail social exige une filtration des croyances, des valeurs, des idéologies et des philosophies d’intervention dans le temps ainsi qu’un travail de confrontation aux situations changeantes et circonstancielles. Au moment où l’on cherche à développer une pratique réflexive, tant en sciences sociales que dans les disciplines connexes, on assiste à la mise en place de mécanismes régulateurs et législatifs visant à prescrire des référentiels de compétences.
La réflexion, la créativité, l’innovation et l’ancrage de la pratique réflexive sont-ils encore possibles dans ce contexte en mutation? La socialisation professionnelle, qu’elle se déroule sur la scène de la formation initiale en alternance ou de la formation continue en cours d’emploi, ou sur les terrains des pratiques professionnelles, notamment à travers les mobilités, connaît-elle des transformations dans cet environnement contingenté par ces nouvelles régulations? Quelles seraient les caractéristiques de ces transformations, leurs enjeux et leurs perspectives, à travers le prisme de la professionnalisation?
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