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Marie-Hélène Parizeau : Université Laval
Le développement durable, avec ses trois piliers que sont l'économie, l'environnement et le développement humain, cible particulièrement la pauvreté parce qu'elle est une situation de vulnérabilité à différents niveaux. Cette vulnérabilité s'exprime pour les personnes, au niveau de leurs besoins fondamentaux (alimentation, abris) et de base (santé, éducation, travail). La pauvreté est souvent liée à un environnement dégradé (pollutions) ou fragilisé (perturbations induites par les changements climatiques par exemple). Le développement des capabilités (Amartya Sen, PNUD) est vu comme un moyen efficace pour sortir les individus de cette spirale descendante qu'est la pauvreté. La situation de conflits armés est rarement abordée dans le cadre des études sur le développement durable car elle met en cause le primat de l'économie comme moteur du développement durable. Nous examinerons avec l'exemple des réfugiés syriens au Liban, comment la question de la pauvreté et de la vulnérabilité se pose sur le terrain au niveau des réfugiés, des ONG et des Nations Unies. Nous analyserons quelles autres valeurs (hospitalité, résilience, équité, care et appartenance au milieu) sont mobilisées à cause de la guerre et de la destruction, dans les discours et les actions. Sachant que les perturbations naturelles et politiques vont se multiplier, ces valeurs pourraient-elles exprimer une autre voie pour habiter ensemble la planète ?
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
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