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Nathalie Lewis : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Longtemps la nature fut perçue comme un élément extérieur menaçant. Nos rapports visant la maîtrise et la domestication de la nature sont empreints de cette menace. Si une telle perception n'a pas totalement disparu, de menaçante la nature serait également devenue menacée. La montée en puissance de l'enjeu environnemental dans l'espace public traduit ce basculement qui participe à faire entrer l'objet dans la sphère privée. Les « catastrophes » touchent les uns et les autres et l'« autre », victime, ne nous est plus si éloigné. L'environnement devient progressivement l'affaire de chacun. D'extérieure, abstraite et menaçante, la nature nous apparaît désormais dans sa fragilité. Elle entre dans la sphère privée, celle d'un sujet qui se sent lui-même fragile, menacé, dépassé par et face à la nature. Que l'on pose la vulnérabilité par rapport à la menace qui plane sur l'humanité ou qu'on la pose par rapport au biosystème, l'exercice nous ramène rapidement à l'humain qui subjectivise cette vulnérabilité de la nature et de lui-même par rapport à celle-ci. Nous sommes face à une vulnérabilité environnementale plus englobante qui se fond aux rapports sociaux globaux vécus par l'individu contemporain et trouve son sens à partir de registres de traduction sociaux par lesquels les individus intellectualisent cette vulnérabilité pour tenter de s'en affranchir. Dès lors, nous requestionnons la vulnérabilité du sujet, lequel intègre aujourd'hui ce double rapport (menacé/menaçant) à l'environnement.
La vulnérabilité est le fait, pour un être, d’être plus exposé qu’un autre à un mal et moins capable de s’en protéger en raison de sa nature ou de facteurs contextuels ou structurels. En éthique, la vulnérabilité est d’abord un fait ontologique universellement partagé qui tient dans la fragilité et la finitude de la condition humaine (Nussbaum). Pour cette raison, elle est au principe même de la société moderne et de l’État de droit. Elle renvoie également à un trait caractéristique de groupes particuliers méritant une protection spéciale.
C’est en réponse aux insuffisances de la pensée morale déontologique et utilitariste que semble avoir émergé, depuis les dernières décennies, le concept de vulnérabilité en éthique. Un « principe de vulnérabilité » serait au fondement de l’éthique, prescrivant « le respect, le souci et la protection d’autrui et du vivant en général, sur la base du constat universel de la fragilité, de la finitude et de la moralité des êtres » (Nouvelle encyclopédie de bioéthique). D’abord réapproprié par le philosophe conséquentialiste Robert Goodin dans Protecting the Vulnerable au milieu des années 1980, ce concept est désormais au cœur de réflexions en éthique du care, en théorie juridique féministe, en théorie politique et en éthique de l’environnement.
Quel sens devrait-on donner au concept de « vulnérabilité » si l’on veut maximiser son pouvoir normatif? En quoi une éthique de la vulnérabilité enrichit-elle les réflexions morales et politiques jusqu’ici définies en termes de justice et de droits? Peut-elle s’étendre à d’autres champs de l’éthique pour lesquels elle n’a pas été pensée? Quelles sont les limites de son pouvoir explicatif et, surtout, normatif? Ce colloque autour des usages théoriques et pratiques de la notion de vulnérabilité se déploie en quatre axes : éthique des relations de soins et de l’intervention, vulnérabilité des organisations, vulnérabilité des milieux physiques et humains, et rapports Nord-Sud.
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